ActuKine.com - Actualité de la Kinésithérapie et de la Physiothérapie
              
Cervicales

Analyse de la posture cervicale

Rédigé par le Vendredi 17 Février 2017

Concept de Sahrmann



Les postures du cou :

Selon Shirley, tout serait lié à la prépondérance des muscles extrinsèques du cou réalisant les mouvements linéaires sur les muscles intrinsèques réalisant des mouvements angulaires, de la chaîne parallèle sur la chaîne série...

Un cou en extension :

Une extension cervicale avec translation antérieure de la tête est pour Sahrmann [1] le tableau postural cervical le plus commun. Associé avec une cyphose thoracique exagérée, il induit une contrainte compressive importante sur les articulaires postérieures. Cette anté-projection de la tête peut survenir à la fatigue, après 10 minutes de travail sur écran.

Cette posture serait liée à des fléchisseurs intrinsèques faibles, soit une altération des remparts convexitaires antérieurs, et dépendante des structures scapulaires et thoraciques sous-jacentes, des structures neurales du plexus brachial.

Elle conduit à des douleurs en extension et rotation fréquentes qui pourraient être améliorées par la répétition du mouvement douloureux dans deux conditions :

- Après correction des asymétries scapulaires et thoraciques,
Après élévation des scapulas et/ou de la cage thoracique pour détendre les muscles cervico-scapulaires et/ou les tensions neurales du plexus brachial.

Elle peut être majorée par l’utilisation exacerbée du rachis cervical lors d’expressions corporelles et/ou lors de la lecture, notamment en cas d’utilisation de verres progressifs privilégiant la netteté à la partie inférieure des verres correctifs.

Structures cervicales en cause :

Le maintien de la position entraine des extenseurs courts, des fléchisseurs longs et faibles. Les articulaires postérieures sont en compression, une hyper-extension cervicale supérieure pourrait conduire à des céphalées par altération de l’activité des extenseurs du rachis cervical supérieur.

Un cou droit :

La présence d’une rectitude cervicale traduit une diminution de la lordose naturelle, donc une augmentation de la flexion au repos. Elle est, pour Sahrmann, contemporaine d’une inversion de courbure thoracique, l’absence de possibilité en flexion d’un dos plat devant se compenser par une flexion cervicale plus importante. Elle indique la fréquence d’activité nécessitant de «se tenir droit» (militaires, danseurs) et considère que la mobilité nécessaire pour voir apparaître ce symptôme le limite aux sujets jeunes.

Analyse globale des mouvements cervicaux

Le syndrome d’extension douloureuse :

Les muscles intrinsèques réalisant les mouvements angulaires d’extension du rachis cervical supérieur sont les grand et petit droit postérieurs, les obliques inférieur et supérieur, le semi-épineux de la tête, le splénius de la tête, le long de la tête (longissimus capitis).

Les muscles intrinsèques réalisant les mouvements angulaires d’extension du rachis cervical du rachis inférieur sont le semi-épineux du cou, le splénius du cou, le long du cou. Le multifide correspond à ces fonctions mais est trop profond pour avoir un avantage biomécanique. Ses insertions profondes sur les capsules articulaires évitent leur pincement lors de l’extension.

Les muscles extrinsèques de l’extension permettent la translation postérieure de la tête. Ce sont les trapèzes supérieurs et élévateurs de la scapula.

Objectif :

Cette analyse est destinée à mettre en évidence les parts respectives des extenseurs profonds et superficiels du cou.

Procédure :

Sujet assis, lui demander de regarder le plafond en arrière le plus loin possible, sans bouger les épaules. Les sujets jeunes utiliseront la translation postérieure plutôt qu’une extension angulaire. L’extension sous-occipitale surviendra plus rapidement que l’extension inférieure.
Les sujets plus âgés auront mal et seront limités dans leur mouvement parce qu’ils sont déjà en translation antérieure.

Recherche d’une extension par les extrinsèques :

Une perturbation commune de l’extension se traduit par un trop grand recrutement de ces derniers qui peut s’observer lorsqu’on demande à des patients en quadrupédie ou en procubitus avec appui sur les coudes (fixation des scapulas) de relever la tête.

Extension cervicale active en quadrupédie :

Il s’agit d’observer s’il existe une dissociation entre l’extension active cervicale supérieure et inférieure.

Procédure :

Le patient est en quadrupédie pour stabiliser activement ses ceintures scapulaires. Il reçoit l’instruction : «imaginez que vous avez un livre posé au sol entre les deux mains. Fléchissez la tête et le cou le plus loin possible puis étendez le cou le plus loin possible en gardant le regard sur le livre». Pour ce faire, le patient doit réaliser une extension cervicale inférieure en gardant la flexion cervicale supérieure, ce qui revient à solliciter ses extenseurs profonds, qui n’étendent que le cou, alors que les extenseurs superficiels étendent le cou et la tête.

Valeurs :

Le test est positif si le patient est incapable d’atteindre de l’ordre de 20° d’extension cervicale en gardant la région cervicale supérieure en position neutre. Il utilise alors excessivement  les muscles cervicaux superficiels en translatant la tête en dorsal, grâce au travail du semi-épineux de la tête qui peut être observable et en rentrant le menton.

Fiabilité :

Elle est bonne k = 0.67 IC95%[0.33–0.95] [2].

Validité :

Il apparaît significativement plus fréquemment positif chez les sujets cervicalgiques.

Le syndrome de flexion douloureuse :

La flexion comme rotation et translation vertébrale :

Comme tout mobile en mouvement, une vertèbre réalise une flexion grâce à un mouvement angulaire de rotation selon un axe frontal et un mouvement linéaire de translation selon une direction postéro-antérieure. Cette flexion, assurée passivement par le poids de la tête du sujet assis s’assoupissant, est réalisée activement par les fléchisseurs profonds pour la rotation (chaîne série), par les fléchisseurs superficiels pour la translation (chaîne parallèle).
Il faut donc différentier le travail des long du cou et de la tête, du droit antérieur et du droit latéral et SCOM et scalènes antérieurs et moyens.

Procédure en position assise :

Dans cette position, le mouvement est contrôlé en excentrique par les extenseurs du rachis. Ces patients peuvent donc aussi souffrir de douleurs en extension.

1°- Demander au patient de se pencher en avant comme s’il voulait voir son nombril.
La flexion du cou peut être limitée en cervical supérieur comme inférieur.
Une translation antérieure de la tête peut survenir avant ou à la place de la rotation.
2°- Corriger les mouvements anormaux en encourageant le patient à réaliser une flexion angulaire pure et voir si leur répétition améliore les symptômes.

Procédure en décubitus :

Patient en décubitus. Lui demander de regarder son nombril, ce qui doit provoquer un enroulement de la tête. En présence d’une limitation de recrutement des fléchisseurs profonds, le patient translate vers le ventral sa tête puis réalise une flexion cervicale supérieure : il réalise le mouvement en chaine parallèle (extension cervicale supérieure couplée à une flexion cervicale inférieure puis flexion cervicale supérieure) au lieu de n’utiliser que des muscles antérieurs. L’incapacité d’enrouler et la translation qui en résulte est en rapport avec une activité prépondérante des fléchisseurs extrinsèques.

Le syndrome de rotation douloureuse :

Les rotateurs intrinsèques du cou produisent de la rotation selon un axe vertical. Ce sont les grand droit postérieur, oblique supérieur et inférieur de la tête, les splénius.
Les rotateurs extrinsèques comprennent le SCOM, les scalènes, les trapèzes supérieurs, l’élévateur de la scapula. Ces muscles sont rotateurs mais participent aussi fortement à l’inclinaison latérale. En conséquence, leur prédominance parmi les rotateurs va compromettre la rotation pure selon un axe vertical. Cette analyse est destinée à vérifier la capacité du sujet à réaliser des mouvements purs de rotation.

Procédure :

1°- Patient assis, lui demander de réaliser une rotation complète vers la droite et la gauche, sans consignes supplémentaires.
Des mouvements parasites peuvent se voir, en plus de la douleur. L’irruption d’une extension lors du mouvement de rotation peut être l’indication d’une prédominance du SCOM qui étend le rachis cervical supérieur. La présence d’une flexion et/ou d’une translation antérieure concomitante peut être aussi l’indication d’une prédominance du SCOM ou des scalènes antérieur et moyen.

2°- Reprendre les mouvements actifs en lui donnant la consigne d’une rotation cervicale pure, autour d’un axe vertical matérialisé par un doigt sur le vertex, dans une position érigée du tronc, sans participation des épaules et du tronc. Le patient assis, mains sur les cuisses, scapula en position neutre, reçoit l’instruction : «tournez votre tête et votre cou le plus loin possible de chaque côté en maintenant votre visage dans un plan vertical et le regard horizontal»
Il doit réaliser une rotation de l’ordre de 70 à 80° de chaque côté, sans mouvement dans un autre plan que le plan horizontal.
Cette rotation pure peut limiter les douleurs engendrées par ces mouvements altérés.

3°- Demander le même mouvement en soutenant les avant-bras du patient pour réduire les tensions neurales et/ou trapèziennes : même chez des sujets jeunes et sains, une augmentation de l’ordre de 10° de la rotation cervicale se retrouve lorsque leurs avant-bras sont posés sur des accoudoirs comparativement au même  mouvement de rotation réalisé en position de repos scapulaire sans appui anté-brachial [3].

Valeurs :

Le test est positif lorsque le patient ne peut pas faire ce mouvement sans mouvements dans un autre plan (inclinaison latérale, flexion ou extension)

Fiabilité :

Elle est excellente k = 0.81IC95% [0.58–1] [2]

Validité :

Il apparaît significativement plus fréquemment positif chez les sujets cervicalgiques.

Références bibliographiques :

[1] Sahrmann S. Movement System Impairment Syndromes of the Extremities, Cervical and Thoracic Spines. Elsevier 2011.

[2] Segarra V et al. Inter-and intra-tester reliability of a battery of cervical movement control dysfunction tests. Man Ther. 2015 Aug;20(4):570-9.

[3] Andrade GT et al. Influence of scapular position on cervical rotation range of motion. J Orthop Sports Phys Ther. 2008 Nov;38(11):668-73.

Notez
Cette information a été ouverte par un clic sur son titre 1463 fois

Nouveau commentaire :

Merci d'apporter des commentaires constructifs et adaptés et de ne pas porter de propos diffamatoires ou portant atteinte à l'honneur à la profession

Examen général | Hanche | Genou | Pied | Cervicales | Thoraciques | Lombales | Pelvis | Épaule | Coude | Poignet | Main | Membre inférieur | Membre supérieur




S'inscrire à la lettre hebdomadaire



DisKiné