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Douleur

Biopsychosocial ou Sociopsychobiologique ?

Rédigé par le Vendredi 3 Juillet 2015

Si le titre de cette note n’est peut-être pas accrocheur pour tout le monde, Actukiné vous conseille vivement la lecture d’un édito du journal « Anesthesiology » qui, s’il n’est plus tout jeune, mérite le détour (merci à Ian Stevens pour cette pépite).



© ioannis kounadeas - Fotolia.com
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A l’heure où le milieu médical s’accorde sur l’importance des approches biopsychosociale (BPS) et « patient-centered », la modernisation de la formation des professionnels de santé en matière de douleur parait urgente.

Une des problématiques identifiée par les auteurs en termes d’enseignement est le fossé qui existe entre d’une part, l’approche théorique basée prioritairement sur les mécanismes neuraux de la douleur et, d’autre part, la confrontation des praticiens à la douleur en pratique courante : par exemple, la connaissance des bases moléculaires au phénomène de sensibilisation périphérique n’est sans doute pas d’une grande aide pour évaluer et traiter la douleur au quotidien. Imaginez apprendre à conduire dans une auto-école où vous passeriez le plus clair de votre temps à assimiler des connaissances en combustion chimique et en mécanique automobile et où l’entrainement en situation réelle serait optionnel. Côté traitement aussi, nos systèmes éducatifs continuent de faire la part belle aux thérapeutiques basées sur ces mécanismes de la douleur. Schématiquement, le praticien est amené à classifier son patient en fonction du mécanisme initiateur de la douleur (le fameux « BIO » de biopsychosocial). L’accent est donc clairement mis sur le « bio » plutôt que sur le « psycho » et surtout sur le « social ». Il en découle des diagnostics/traitements trop souvent mécanistes et impersonnels, incapables de capturer la complexité multidimensionnelle de la douleur du patient et dont les résultats sont limités.

Le modèle BPS, bien qu’il date de 1977, tarde à prendre sa place dans l’enseignement et la pratique de la plupart des disciplines médicales. Dans ce modèle, c’est sans aucun doute le volet social qui est le plus oublié des enseignants et des praticiens (sans doute car il est plus difficile à évaluer). Cette dimension sociale est pourtant très importante dans l’expérience douloureuse du patient et semble pouvoir conditionner les résultats thérapeutiques. Les publications exponentielles et récentes en imagerie cérébrale étudiant les notions d’empathie, de lien social ou encore de souffrance en rapport à l’isolement confirment l’intérêt du versant « social » dans la douleur.

Les auteurs parlent de « renversement » de l’enseignement de la douleur et proposent de passer d’un cursus de type « bottom-up » (approche BPS) à un cursus « top-down » (approche qu’il qualifie de sociopyschobiologique). Cette formation plus adaptée pourrait contenir des cours de neurosciences, de psychologie sociale et cognitive, de sciences comportementales et sociales, d’organisations des systèmes de santé et d’optimisation de leurs fonctionnements, etc.

Une fois encore, l’idée n’est pas de tirer un trait sur l’aspect biomédical ni d’en diminuer l’importance. Pour les enseignants, pas question non plus de choisir entre un niveau de conceptualisation de la douleur « micro » VS « macro » : l’idée est « simplement » de mieux équilibrer les aspects bio-psycho-social au sein d’un cursus douleur destiné aux futurs professionnels de santé.

Références

Carr DB, Bradshaw YS. Time to flip the pain curriculum? Anesthesiology. 2014 Jan;120(1):12-4.

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1.Posté par masson raphael le 03/07/2015 14:31 | Alerter
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bonjour,
merci pour cet excellent article.
je pense effectivement que de trop mettre l'accent sur les mécanismes biologiques de la douleur c'est aussi prendre le risque de faire passer pour accessoires les dimensions sociales et psychologiques (un très vieux doc est intéressant, je trouve, pour qui veut un aperçu pour les lombalgies : http://www.irsst.qc.ca/media/documents/PubIRSST/R-253.pdf )

mais... en même temps, le problème inverse se pose avec sociopsychobiologique et risque de faire oublier qu'il y a aussi une dimension biologique de la douleur !! Toute douleur somatique n'est pas nécessairement "psychosomatique"...

donc, pour résumer, d'accord avec l'identification de la problématique d'avec le terme BPS, mais la solution proposée avec le SPB pose le problème exactement inverse !! … enfin, ce n’est que mon avis.

mais là, peut être que je ratiocine.
très bonne journée

2.Posté par pierre le 03/07/2015 17:37 (depuis mobile) | Alerter
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Bonjour
Même idée que Raphaël
Qu''en pensez vous yannick ?

3.Posté par Yannick Barde-Cabusson le 03/07/2015 22:05 | Alerter
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Bonsoir à tous,

Je reste sur l'idée finale des auteurs que je trouve tempérée (et suis d'accord avec le fond de vos remarques) : "Une fois encore, l’idée n’est pas de tirer un trait sur l’aspect biomédical ni d’en diminuer l’importance. Pour les enseignants, pas question non plus de choisir entre un niveau de conceptualisation de la douleur « micro » VS « macro » : l’idée est « simplement » de mieux équilibrer les aspects bio-psycho-social au sein d’un cursus douleur destiné aux futurs professionnels de santé. "

Mais, la relation nociception-douleur est trop "instable" pour poursuivre dans la voie actuelle du "bio-dominateur" ; les systèmes modulateurs de la nociception top-down sont trop puissants et nombreux pour ne pas envisager d'impacter radicalement la présentation du patient estampillé bio à partir de la "correction" de drapeaux jaunes.

Peut être que nos auteurs ont voulu faire passer l'idée de "la porte au nez" (exiger beaucoup pour avoir peu = exiger un excès pour parvenir à un équilibre) ?

4.Posté par PERON-MAGNAN le 07/07/2015 15:45 (depuis mobile) | Alerter
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Tout à fait d''accord. Pour infos, cette idée est théorisée et pratiquée depuis au moins 10 ans dans les formations en sciences de l'éducation ouvertes aux kinés...En France!
Cordialement

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