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Placebo

Quand les effets indésirables pourraient devenir désirés !

Rédigé par le Mardi 4 Juillet 2017

Les auteurs d’une étude récente et élégante ont supposé que les effets secondaires liés à la prise d’une médication pouvaient faire penser aux patients qu’ils avaient pris un traitement actif donc augmenter leurs attentes de bénéfices envers ce traitement et donc, bingo, améliorer les effets dudit traitement…



© Zsolt Bota Finna - Fotolia.com
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Pourquoi élégante ?
Si vous avez l’habitude d’écouter régulièrement des "keynotes speakers" sur des congrès scientifiques, vous devez les avoir entendus parler « d’études élégantes ». Si la définition exacte de l’élégance en Science reste à trouver (l’occasion de lire ce très bon article du New Yorker – au passage, j’adore la définition donnée par Sapolsky !), les auteurs de l’étude qui nous intéresse aujourd’hui ont mis au point un design remarquable (double aveugle par technique de double placebo) pour étudier l’impact des effets indésirables sur… les effets désirables !


Bon, on y va ou on continue à parler sémantique ?
100 sujets sains ont participé à cette étude. On leur a dit qu’ils allaient être répartis dans deux groupes, l’un recevant une combinaison d’antalgiques qui produiraient une sécheresse buccale (utilisation d’atropine) et l’autre un placebo inerte. En réalité, ils ont été répartis en 4 groupes :
- Groupe 1 : 100 mg de diclofenac + 11.2 mg d’atropine
- Groupe 2 : placebo + 11.2 mg atropine
- Groupe 3 : 100 mg diclofenac + placebo
- Groupe 4 : double placebo

Les participants recevaient donc leur médication puis se dirigeaient vers une zone d’attente où ils remplissaient un questionnaire (évaluation des niveaux d’attentes, d’anxiété, d’optimisme, de dépression, etc.) durant 15 min suivi de 45 min d’attente que le médicament soit actif (il faut 50 min à l’atropine pour baisser la production salivaire et 60 min au diclofenac pour produire son pic anti-inflammatoire). Les sujets retournaient alors en salle d’examen pour compléter un questionnaire sur leurs effets indésirables, une échelle de Likert concernant leurs niveaux d’attente de bénéfice et leurs croyances à propos de leur assignation au groupe de traitement. Finalement, ils étaient invités à effectuer un test de sensibilité à la chaleur.


Et alors ? Que montrent les résultats ?
Une analgésie est apparue dans tous les groupes. Il n’y avait pas de différence entre le groupe diclofenac + placebo (gr 3) et le groupe double placebo (gr4). L’ajout d’atropine augmentait 3 fois plus le soulagement chez les participants prenant du diclofenac (gr1) mais n’augmentait pas la réponse dans le groupe placebo (gr2). La différence entre le groupe diclofenac et le groupe placebo ne devenait significative que lorsqu’on ajoutait l’atropine. La différence moyenne entre le groupe 1 et le groupe 2 était de 11.32 sur une échelle VAS (0-100mm).


Explications ?
A partir d’un modèle de médiation, les auteurs estimaient que les 3 bras de la chaine étaient statistiquement signifiants : atropine et bouche sèche – bouche sèche et croyances à propos du traitement – croyance à propos du traitement et analgésie. Par conséquent, il semble que l’atropine joue un rôle indirect sur l’analgésie (via l’augmentation de la perception d’effets secondaires qui entraine une hausse des attentes de bénéfices et à son tour une hausse d’analgésie). Des travaux chez l’homme comme chez l’animal ont montré l’existence d’une synergie entre opioïdes exogènes et AINS. Une hypothèse de plus en plus soutenue par les faits est que certains AINS (comme ici avec le diclofenac) pourraient potentialiser les effets analgésiques liés aux opioïdes endogènes (qui sont impliqués dans les réponses de type analgésie par placebo). En d’autres termes, c’est en croyant qu’ils étaient dans le bras de traitement actif (croyance induite par les effets indésirables de l’atropine) que les sujets ont peut-être pu sécréter des opioïdes endogènes dont les effets ont été amplifiés par le diclofenac. Tout cela reste encore à étudier plus en détails.


Pourquoi parler de ça sur un site de kinésithérapie ?

- D’abord, pour le (premier) plaisir d’Herbert Leonard.
- Ensuite, parce qu’une telle étude suggère que le fait de « penser recevoir une thérapeutique active » peut booster l’efficacité d’un traitement à petite taille d’effet (ça vous rappelle quelque chose ???).
- Surtout, parce que cette étude semble démontrer que le fait de « penser recevoir une thérapeutique active » peut être conditionnée par la survenue d’effets indésirables.
- Enfin, pour le (second) plaisir d’y penser en lisant des études où la perception des effets indésirables et/ou le degré de certitude des sujets quant à leur appartenance au groupe traité activement ne sont pas documentés.



Références

Berna C, Kirsch I, Zion SR, Lee YC, Jensen KB, Sadler P, Kaptchuk TJ, Edwards RR. Side effects can enhance treatment response through expectancy effects: an experimental analgesic randomized controlled trial. Pain. 2017 Jun;158(6):1014-1020.

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1.Posté par JL E le 04/07/2017 16:26 | Alerter
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2.Posté par Yannick Barde-Cabusson le 04/07/2017 17:10 | Alerter
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Yes, c'est la même équipe (Kaptchuk) - Je crois que Jean-Luc avait fait un post là dessus il y a quelques années car ça date !

3.Posté par Yannick Barde-Cabusson le 04/07/2017 22:28 | Alerter
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Ici : http://www.actukine.com/Effet-placebo-sans-tromperie_a1325.html

4.Posté par BenS le 05/07/2017 00:36 | Alerter
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La classe.

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