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Domaines Spécifiques

Addis Abeba en Ethiopie ouvre son premier Doctorat en Kinésithérapie

Rédigé par le Mardi 20 Novembre 2012

Dix points pour comprendre, les écarts de la formation française en kinésithérapie avec les pays développés.



PG : post-gradué. PhD: Doctorat de Sciences
PG : post-gradué. PhD: Doctorat de Sciences
L'écart entre la formation initiale en Kinésithérapie en France et celle universitaire dans d'autres pays continue à se creuser.

La France est le dernier pays en Europe à ne pas avoir sa formation initiale reconnue à un niveau universitaire (malgré les accords de Bologne signés par la France, qui nous engageait à le faire avant 2010). Au-delà du niveau demandé pour pouvoir exercer la profession de Kinésithérapie, c'est surtout le parcours universitaire qui est important. Car c'est une manière de proposer une carrière professionnelle, avec plusieurs niveaux de débouchés et différents types de masters ou doctorats (sciences, professionnels, cliniques, etc.).

L'Ethiopie vient d'ouvrir grâce à un partenariat avec les USA une formation de Doctorat professionnel en Kinésithérapie.
Pour le développement du pays, cela est considéré comme une avancée.

Le Népal propose également 4 ans d'étude universitaire et des parcours post-gradués.

Au-delà de la comparaison, il est à noter que les pays développés universitaires améliorent la qualité de la prise en charge de leurs patients et sont aussi demandés dans différents pays pour l'enseignement (partenariat sur des modules, projet d'échanges, etc.) et pour la recherche. Cela contribue à développer l'économie du marché académique et apporter des fonds pour les pays qui développent leurs échanges.

Afin de mieux clarifier certains points voici une liste de 10 points pour montrer comment la France s'éloigne des pays développés :

1. France : Le Ministère de la Santé gère les décisions sur l'enseignement en Kinésithérapie.
Les pays développés gèrent l'enseignement de la formation des professions de santé avec le Ministère de l'enseignement supérieur exclusivement. Date de réalisation identifiée : 1980.

2. France : diplôme d'exercice.
Les pays développés proposent des "degrés de formation" dans un parcours universitaire LMD. On ne parle plus d'années d'études mais de niveau (degré) universitaire. Les supports de cours sont structurés par des équipes pédagogiques. Ils accompagnent tous les cours magistraux et tous les travaux pratiques (support à compléter par les étudiants individuellement). L'Evidence Based Practice permet d'arbitrer les points critiques de l'enseignement et d'exclure périodiquement du contenu du programme d'enseignement. Date de réalisation identifiée : 1980 (1997 pour l'intégration de l'EBP à tous les enseignements).

3. France : pas d'examen national.
Les pays développés demandent en plus de la formation universitaire (obtention de la Licence ou du Master ou du Doctorat) la réalisation d'un examen national qui permet en fonction de ses résultats le droit d'exercice (aux USA, les notes permettent l'exercice dans tel ou tel Etat). Cela permet aux université un étalonnage sur certaines acquisitions.

4. France : pas d'accréditation de la formation.
Les pays développés ont une évaluation externe spécifique (Accréditation avec un référentiel d'évaluation propre à la Kinésithérapie) ou générale (Accréditation avec un référentiel standard). Date de réalisation identifiée pour une accréditation spécifique : 1997 (Australie), antérieure pour les USA.

5. France : sélection par concours privé/université.
Les pays développés donnent l'accès à la formation par une voie rapide (le niveau des notes au baccalauréat) et une voie plus longue (passerelle après l'obtention d'un niveau Licence ou Master). Lorsque la demande est très élevée, le niveau d'enseignement de la kinésithérapie, se décale vers les cycles universitaires plus élevés (Master, Doctorat). Cela revient à effectuer une sélection tout au long du parcours. Date de réalisation identifiée : Doctorat pour exercer aux USA en 2020 dans tous les Etats.

6. France : uniformisation nationale de l'enseignement.
Les pays développés proposent dans leur pays différentes approches en donnant de l'autonomie aux universités pour gérer le projet pédagogique. Certaines réalisent des formations structurées autour de la résolution de problèmes, d'autres vont accentuer l'enseignement sur le parcours individuel de l'apprenant, etc. Les modalités de sélection peuvent être différentes dans un même pays. Date de réalisation identifiée : depuis toujours.

7. France : Le mémoire de fin d'étude est le plus souvent un cas clinique.
Les pays développés réalisent des travaux dont certains font l'objet de publication. Les axes de travail sont du niveau universitaire demandés (étude clinique, revue de littérature structurée, thèse) et publiés en anglais (même lorsque ce n'est pas la langue maternelle) à partir du niveau master. Date de réalisation identifiée : 1980.

8. France : les enseignants en formation initiale sont parfois des diplômés universitaires.
Les pays développés ont tous leurs enseignants en kinésithérapie à temps plein avec un doctorat universitaire au sein de l'université. Ces enseignants coordonnent et mettent à jour le cursus. Les intervenants externes qui enseignent des compétences spécifiques sont recrutés et intégrés dans le projet pédagogique de l'établissement. Date de réalisation identifiée : années 90.

9. France : L'encadrement des stages cliniques se fait avec une personne ayant un diplôme de cadre de santé (parfois rien).
Les pays développés ont des formations spécifiques de "superviseurs" pour gérer les étudiants en formation clinique. Le superviseur doit mettre en place une stratégie d'obtention de compétences spécifiques en relation avec le niveau de l'étudiant. Le contact avec le patient ne peut s'effectuer que lorsque certaines compétences sont considérées comme acquises.

10. France : formation continue privée et quelques diplômes universitaires.
Les pays développés ont l'intégralité (reconnue) de la formation continue gérée par l'Université avec un parcours LMD varié en fonction des orientations de l'Université. Date de réalisation identifiée : années 90.


Commentaires.
Il n'est pas question d'entrée dans des considérations de rapport de force pour dire, nous sommes moins bons ou nous sommes meilleurs. Chaque pays s'adapte à son propre contexte et les individualités réalisent des prouesses pour s'adapter aux contraintes externes. Il est raisonnable de constater qu'il existe un mouvement international d'échanges, de partage et de structuration de l'enseignement des professions de santé.
Une mondialisation est en cours avec des changements de modalités d'enseignement et des partenariats inter-pays. L'enseignement universitaire survie aux individualités. Si l'on reformule différemment, il ne dépend plus des "bons enseignants" présents dans la structure d'enseignement (lorsqu'il l'a quitte ces enseignants font chuter le niveau).
Si vous prenez l'avion, demandez-vous le nom du pilote ou le nom de la compagnie aérienne ?

En terme de reconnaissance internationale, l'universitarisation complète de la formation en kinésithérapie en France est un objectif à atteindre. Date de réalisation attendue : XXXX.

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1.Posté par Roland-Gosselin le 20/11/2012 11:48 | Alerter
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Pierre,
Merci pour cette énième mise en évidence de notre retard, du on le sait bien, au frein de la part des écoles privés françaises. Rien de plus. Et le meilleur exemple que nous connaissons..., nous le connaissons bien ! Sacrés intérêts financiers, quand vous nous tenez ... !

2.Posté par raslesp le 20/11/2012 12:42 | Alerter
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et les freins des intérêts privés de la formation continue.

3.Posté par Francois GAUME le 20/11/2012 13:00 | Alerter
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Et, n'oublions pas, les freins des différents gouvernements qui se sont succédés ! Mmes Bachelot et Pécresse en dernier lieu...

4.Posté par JL E le 20/11/2012 13:05 | Alerter
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Ne nous laissons pas aller au pessimisme ambiant ! Il faut toujours positiver.
Après tout, l'Université d'Addis-Abeba va peut être proposer une formation de docteur en physiothérapie en ligne ouverte aux étrangers.

Harvard le fait bien pour les biostats.

5.Posté par Thomas le 20/11/2012 14:36 | Alerter
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Pour avoir une formation universitaire, il faut aussi avoir les personnes qualifiées pour la proposer...
Combien de MK avec un PhD ? 90 à ce que j'ai compris il y a quelques semaines ici même pour une quarantaine d'écoles... ça fait juste, non ?
Sans même entrer dans le détail de la discipline de ce PhD...

Combien de MCF et Pr sont MK à la base ?
professeurs je dirais 5, MCF une dizaine ?

Il est possible de faire cette démarche, n'attendons pas que les portes s'ouvrent... sinon les délais augmenteront d'autant

6.Posté par Pierre Trudelle le 20/11/2012 16:20 | Alerter
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Attention de ne pas confondre les docteurs professionnels de Kinésithérapie et les doctorats de sciences. En Grande-Bretagne, le cap des 500 docteurs en physiothérapie sera franchie l'année prochaine (il y en avait 7 en 1990). Il y a aussi une petit cinquantaine de Professeur en Kinésithérapie. La Grande-Bretagne a capable de fournir au chiffre prêt le nombre de ces diplômés...C'est un pays développé sur ce sujet.

7.Posté par AMR le 20/11/2012 16:42 | Alerter
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Bonjour,

C'est sûr que les IFMK privés ne sont pas pressés de perdre des ressources économiques vu le prix actuel des études dans certaines (voire la plupart ) d'entre elles.

Autrement, il faut être réaliste et conscient de la situation actuelle en France (faisabilité de "l'absorption" par les Universités des IFMK et des concours de sélection, nombre d'inscrits au PAES), du fonctionnement du parcours de soins (zéro autonomie des paramédicaux à ce jour... cercle vicieux), et du manque de vision (mais surtout volonté) à long terme des instances politiques, alors que ça fait des années qu'on nous parle du désert médical à l'horizon 2020... chaque fois plus proche.

Concernant la formation des intervenants, les coordinateurs des modules de formation au sein des IFMK sont (ou doivent être) des cadres de santé. La formation de ceux-ci mais surtout leurs options d'emploi étant plus axées sur le versant administratif que sur le pédagogique (et ne disons pas recherche), ça ne contribue pas forcément à une modification des pratiques pédagogiques en dehors de la volonté des intervenants.

Par ailleurs, les intervenants en IFMK non CSMK ne récevons pas de formation ni financement de la part des instituts pour intégrer la filiale universitaire... Juste l'expérience d'intervenir (déjà pas mal) et le salaire (qui compense, évidemment, la perte de salaire liée à l'absence en clinique). Encore une fois, cercle vicieux.

Ce n'est que mon avis et mon expérience en tant qu'intervenant dans deux IFMK privés en IDF... Peut-être qu'ailleurs dans l'héxagone c'est différent.

D'après mon expérience en Espagne, ne pensez pas que les choses ont été faites du jour au lendemain malgré l'intégration de la formation initiale aux universités (depuis le début du diplôme de physiothérapeute), qu'elles soient privés ou publiques. Les professeurs associés sont recrutés par concours de mérites (curriculum académique, formations suivis et données, expérience de travail), et ne font pas forcément des cours sur leur dada. On ne compte pas plus de "docteurs" kinésithérapeutes en Espagne qu'en France à ce jour, mais on a sûrement plus de "doctorants"...

En dernier, une de mes collègues qui a intégré la filière universitaire dès la sortie de l'école de kiné et qui a suivi le parcours qu'on lui avait tracé pour dévenir PhD (prémière vraie "doctoresse en kinésithérapie" de l'Université de Grenade) est actuellement au chomage ou bien elle travaille avec un contrat poubelle dans une des piscines municipales avec des enfants polyhandicapés de temps en temps, faute de bourse pour poursuivre ses projets dans les universités de l'est de l'Andalousie... Frustrant n'est-ce pas?

Bon courage à toutes et à tous (moi compris)!

8.Posté par Thomas le 21/11/2012 12:53 | Alerter
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à le relecture des intervantions de Pierre et de AMR, je me pose la question de la transition d'un niveau L3 avec le DE à un diplôme D dans les autres pays, comment faire sans personne universitaire ressource (ou si peu) ?
et aussi comment c'est faite la distinction entre les PhD, les PTD, les DSc et comment ce sont créés ces diplômes puisque personne ne les avaient au commencement ?

donc en fait, si nous rentrons à l'université, et en transposant les différentes expériences étrangères, à quelle(s) sauce(s) va-on nous cuisiner ?

9.Posté par Pierre Trudelle le 21/11/2012 13:08 | Alerter
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En décembre, il y aura une petite surprise. Restez connecté d'ici 3 semaines...

10.Posté par JL E le 21/11/2012 14:01 | Alerter
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Cachotier... Pierre, Noël donnerait de l’élan à la kinésithérapie ? Mais qui tient les rênes des rennes ?

11.Posté par ARG le 21/11/2012 15:17 | Alerter
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Avec Pierre ce ne sont pas des rennes mais aussi de l'é..., que dis je des Elans... ! Patience patience ... !

12.Posté par Yannick BARDE-CABUSSON le 21/11/2012 16:25 | Alerter
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Le Pierre Noël ?
(Désolé j'ai eu une journée exténuante ...)

13.Posté par JL E le 21/11/2012 16:31 | Alerter
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Avec des blagounettes comme çà, moi aussi...

14.Posté par Francois GAUME le 21/11/2012 18:05 | Alerter
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Ah mais on salive déjà ! c'est quoi cette surprise?

15.Posté par AK le 23/11/2012 10:43 | Alerter
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Bonjour à tous,

merci Pierre pour mettre en lumière le fossé qui nous sépare du haut niveau en thérapie physique de manière toujours si pertinente.

Je pense comme vous le dites que les freins sont locaux, et même humains, car l'homme est plus attiré par le pouvoir que par son implication dans une dynamique de haut niveau collectif.

Comment faire céder ces freins locaux ? Peut être en militant pour qu'une LOI, incontournable, vienne réorganiser la profession et sa formation en profondeur. Une réforme des études, c'est un bon début, mais ça ne devra pas s'arrêter la.

j'attends la surprise avec impatience moi aussi ; )


16.Posté par Pierre Trudelle le 23/11/2012 12:22 | Alerter
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J'ai précisé "petite surprise". Plus que 2 semaines...;)

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