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Musculo-squelettique

Comment pourrait fonctionner des techniques de TMO chez le lombalgique ?

Rédigé par le Vendredi 9 Novembre 2018



© bunyos - Fotolia
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Une étude récente a apparié 15 patients porteurs d’une lombalgie chronique non spécifique et 16 individus sains pour étudier les mécanismes en jeu dans l’utilisation de techniques SMT (Spinal Manipulative Therapy). Les patients avaient trois visites dans un ordre contrebalancé : une visite initiale dite comportementale, une visite IRMf+mobilisation (SMTmob grade III Maitland), une visite IRMf+manipulation (SMTmanip grade V Maitland). Le groupe sain avait deux visites (initiale et IRMf+SMTmanip).


Dans la visite initiale, un bilan était réalisé par un chiropracteur. Un des objectifs étaient de faire réaliser au patients des séries d’exercices lombaires pour détecter ceux qui produisaient le plus de douleur (et/ou étaient les plus déplaisants) pour servir par la suite de support vidéo. En effet, pendant les visites utilisant l’IRMf, les patients regardaient 4 vidéos de 20s : 2 avec des mouvements lombaires dits intenses et deux avec des mouvements dits neutres. Les vidéos montraient donc les exercices qui généraient le plus et le moins de douleur ; notez qu’ils étaient tous réalisés par un acteur et non par le patient lui-même. Pour plonger les participants dans l’émotion, il était dit aux participants qu’ils devraient réaliser ces mouvements lors de chaque fin de session. 8s après chaque vidéo, les participants devaient scorer la douleur attendue en réalisant cet exercice et à quel point cela leur faisait peur de devoir le réaliser. Après les deux premières vidéos (et donc les deux premières acquisitions en IRMf), on les sortait du tube pour appliquer mobilisations ou manipulations (sur la table de l’IRM) avant de repartir pour les deux acquisitions restantes. Les sessions se terminaient par la réalisation des exercices vus sur les vidéos.


Les critères de jugement étaient la douleur, la douleur attendue à l’exercice et la crainte de réaliser l’exercice (échelles numériques 0-100). La visite initiale comportait des scores psychométriques : Tampa scale of Kinesiophobia, Pain Catastrophizing Scale, Beck’s Depression Inventory, Brief Pain Inventory et évaluation de la crédibilité du traitement reçu. Les auteurs évaluaient également les attentes de traitement et le désir de soulagement.


Les résultats de ce travail montrent :
- Les patients s’attendaient à avoir plus mal et craignaient davantage les mouvements lombaires que les individus sains (la différence d’attente de douleur était plus importante pour les exercices intenses que pour les neutres).
- Concernant les réponses cérébrales à l’observation des vidéos d’exercices lombaires : il existait des zones d’activités spécifiques chez les individus douloureux et par rapport aux sains lors de l’observation des exercices lombaires intenses (ces zones appartiennent notamment au cortex préfrontal dorso-latéral (bilatéralement), au cortex préfrontal ventro-latéral et à l’insula antérieure gauche, au sulcus pariétal supérieur gauche, au gyrus temporal moyen gauche, au cortex préfrontal dorso-médial et à la jonction pariéto-temporale gauche).
- Les techniques SMT réduisent la douleur clinique, la douleur attendue et la peur de réaliser des mouvements lombaires des patients sans différence notable entre manipulation et mobilisation.
- Il n’existait pas de corrélation entre changement de la peur de réaliser les mouvements et changement de la douleur clinique
- Il n’existait pas de corrélation entre attente de soulagement liée aux techniques SMT et changement de la crainte de réaliser les mouvements lombaires mais il en existait une entre attente de soulagement liée aux techniques SMT et changement de douleur clinique et attendue à l’exercice
- Les SMT réduisaient les réponses cérébrales dans les circuits neuronaux impliqués lors de l’observation des mouvements lombaires intenses
- Le changement induit par les SMT sur la douleur attendue était corrélé au changement induit par les SMT sur les réponses cérébrales à l’observation des mouvements lombaires intenses


On retiendra de cette étude :
- Que les lombalgiques chroniques (et par rapport à des individus sains) reportent plus de craintes de bouger le bas du dos et s’attendent à avoir plus de douleur après avoir fait des mouvements lombaires vus en vidéo ; tout ceci s’accompagne d’une hausse des réponses vues à l’IRMf au sein des circuits cérébraux impliqués dans les processus sociaux, la régulation émotionnelle et la saillance.
- Que les techniques de type mobilisation/manipulation réduisent la douleur clinique, la peur de bouger et la douleur attendue post-exercice et que ces réductions sont corrélées à une réduction des réponses cérébrales constatées sous IRMf
- Que si manipulation et mobilisation ont les mêmes impacts sur les auto-évaluations des sujets, la manipulation vertébrale était associée à une réduction des réponses BOLD plus importante que la mobilisation.
- Qu’elle n’a pas souhaité s’intéresser à l’impact du rythme crânien, de la motilité viscérale, des blocages en ERS, des lois de Fryette, de celles de Lovett, ou du dernier numéro de Pif et Hercule* pour tenter d’expliquer les résultats que peuvent obtenir les praticiens cliniquement quand ils emploient des techniques manuelles...



Références

Ellingsen, D. M., Napadow, V., Protsenko, E., Mawla, I., Kowalski, M. H., Swensen, D., ... & Loggia, M. L. (2018). Brain Mechanisms of Anticipated Painful Movements and Their Modulation by Manual Therapy in Chronic Low Back Pain. The Journal of Pain.




*liste non exhaustive, explications de thérapie manuelle dogmatique vendues séparément, attention se produit est vendu sans bible, ne convient pas aux croyants de moins de 78 ans, ne pas mettre de chien au micro-onde même enroulé dans un fango.

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1.Posté par Jacky OTERO le 14/11/2018 07:11 | Alerter
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Le nombre de variables utilisées et de questions posées ne pose t il pas un Problème statistique ?

Une correction pour calculer la p value à été faite ?

Le fait d'appliquer une contrainte externe sur la colonne montre au patient combien elle est solide (resiste même à la manipulation) et donc réduit leur crainte de bouger ?

Ou leur expérience antérieur leur à démontré qu'après une contrainte mécanique extérieure les mouvements sont moins douloureux ?

En tout cas une contrainte sur la colonne d'un lombalgie apporte un bénéfice à ce lombalgie. Au moins à court terme. Et à long terme ?

La prochaine étape interressante = si un lombalgique chronique s'applique lui même des contraintes régulières (mouvements répétés par exemple) y a t il aussi une différence entre ceux qui ont une Préférence Directionnelle, ceux qui n'en ont pas et des non lombalgiques.

Je trouve tellement plus efficace que ce soit eux qui bossent 😊 sur le long terme...

2.Posté par safin JL le 14/11/2018 08:55 | Alerter
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Jacky,

ça me semble quand même très comportemental et très individualisé, d'autres diraient idiosyncrasique, sans compter que répéter des exercices thérapeutiques sur le long terme, ça peut aussi être une façon d'installer une mémoire de la pathologie.

Cordialement

3.Posté par Jacky OTERO le 14/11/2018 13:18 | Alerter
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Tu ne seras pas étonné que je ne partage ni ton avis... Ni ton goût des mots '' savants''

Répéter des exercices c'est rester en forme avant tout et certainement pas conserver la mémoire d' une pathologie.

Il suffit de voir la campagne de la secu pour la lombalgie.

Et en plus personne n'a dit '' au long court'' un exercice spécifique.

Bref on doit pas parler de la même chose !

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