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Musculo-squelettique

Dry needling : pas si vite ? (2/7)

Rédigé par le Jeudi 24 Mars 2016

La « déferlante Dry Needling » est en marche ! Les formations sont complètes et les publications exponentielles : à ce rythme, les abeilles ne vont pas tarder à faire grève ! Pourtant quelques auteurs commencent à s’insurger contre cette approche. Cette note s’inspire largement du travail d’auteurs comme Venere, Ridgeway, Cohen ou encore Quintner. Son but n’est pas de « démonter » cette approche thérapeutique mais plutôt de tempérer les ardeurs des physiothérapeutes souhaitant s’y former en les obligeant à se poser des questions de fond.
C’est la semaine du dry needling sur Actukiné !



JOUR 2 : jeudi 24 mars 0h01 : et le « carrosse dry needling » se changea en citrouille !

© JPC-PROD - Fotolia.com
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Si vous avez tiqué sur notre précédent post sur le dry needling… c’est en fait assez logique : explications…


Pour mémoire, la conclusion des auteurs d’une récente revue systématique sur l’efficacité du dry needling stipule (1) : “The majority of high-quality studies included in this review show measured benefit from trigger point dry needling for MTrPs in multiple body areas, suggesting broad applicability of trigger point dry needling treatment for multiple muscle groups”.


Venere et Ridgeway (2) ne tirent pas les mêmes conclusions hâtives que les auteurs de cette revue. Pour eux, à l’heure actuelle, les bénéfices cliniques de cette technique restent discutables et son application incertaine.


Il ne suffit pas de présenter un score PEDro élevé pour faire une bonne étude. Si les 19 essais inclus dans cette revue systématique possèdent un score PEDro compris entre 6 et 10, ils présentent également de sévères limitations comme :
- L’absence de différence statistiquement significative avec un placebo (5 études)
- L’absence de différence cliniquement significative sur la douleur et l’incapacité (8 études)
- Des effets mesurés uniquement à court terme (6 études)
- Des intervalles de confiance larges dénotant une grande incertitude (5 études)
- L’échec du contrôle des facteurs confondants comme l’histoire naturelle de la maladie, la régression à la moyenne ou les effets non spécifiques de traitement (8 études)
- Le retrait de publication à la demande de l’éditeur (1 étude)
- L’ajout d’un erratum dû à une falsification des valeurs kappa (1 étude)


Cerise sur le gâteau : Venere et Ridgeway ont analysé l’étude de Cotchett et al. (3) qui fait partie de la revue systématique précédemment citée. Pour la revue de Boyles (1), l’étude de Cotchett montre "des résultats significatifs sur la douleur et l’auto-évaluation de la santé du pied par utilisation du dry needling dans les douleurs calcanéennes par rapport à un placebo". Cette étude possède un score PEDro de 9/10 : pas mal non ? Sauf que ce n’est pas ce que conclue l’étude de Cotchett qui (et c’est dit rien que dans l’abstract) ne retrouve pas de différence cliniquement significative entre dry needling et placebo. Fait intéressant, le NNT du dry needling est de 4 quand le NNH est de 3 ! Autrement dit, il faut piquer 4 patients pour en soulager 1 (mais seulement statistiquement par rapport au placebo et pas cliniquement) et, dans le même temps, on produit des effets secondaires en piquant 1 patient sur 3.


A suivre … maintenant avec certitude…

Références

(1) Boyles R, Fowler R, Ramsey D, Burrows E. Effectiveness of trigger point dry needling for multiple body regions: a systematic review. J Man Manip Ther. 2015 Dec;23(5):276-93.

(2) Venere, K., & Ridgeway, K. Trigger point dry needling: the data does not support broad applicability or robust effect. Journal of Manual & Manipulative Therapy, 2016 Feb ; 1-3.

(3) Cotchett MP, Munteanu SE, Landorf KB. Effectiveness of trigger point dry needling for plantar heel pain: a randomized controlled trial. Phys Ther. 2014 Aug;94(8):1083-94.

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1.Posté par FabienJ le 24/03/2016 08:50 | Alerter
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Il est vrai que la tendance globale des etudes tend vers les effets à court terme et plutôt sur la douleur que la fonction. Reste à voire un problème fondamental dans les études qui à mon sens limite grandement leur interprétation: c'est le lissage de la technique. Les revues systématiques sur le sujet sont à l'image de ce qui se passe en ce moment, on pique mais avec différentes techniques : acuponcture intra musculaire, effet gate control, méthode US, méthode suisse avec "twtich", on pique de manière systématique ou en suivant le schéma de reproduction des symptômes...
Bref, moi ce que je retiens de ces etudes pour l'instant, c'est que à court terme on a des effets (24h 48h et trois semaines), et ça c'est plutôt intéressant pour un patient que je veux pas voire se chroniciser. Mais j'aimerai bien savoir si en établissant un standard de pratique, on pourrait avoir différentes strates de patients répondants différemment à la technique.

2.Posté par JL E le 24/03/2016 10:04 | Alerter
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A part la profondeur, quelle est la différence entre piquer dans le muscle en ciblant un hypothétique point-gâchette et piquer dans le derme en ciblant un hypothétique méridien ?

3.Posté par Yannick Barde-Cabusson le 24/03/2016 10:06 | Alerter
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Bonjour Fabien et merci pour votre commentaire. J'ajoute qu'ici, le problème vient surtout du biais d'interprétation (surtout dans l'abstract) en faveur de la technique alors que le contenu de la revue est plus nuancé.
De plus lorsque vous dites : "à court terme on a des effets (24h 48h et trois semaines), et ça c'est plutôt intéressant pour un patient que je veux pas voire se chroniciser", il faut rester prudent car pour l'affirmer, il faut des études qui montrent que ces résultats se maintiennent à long terme, que la technique évite bien le passage à la chronicité, etc. Mais nous allons y revenir dans les prochaines notes.

4.Posté par Yannick Barde-Cabusson le 24/03/2016 10:06 | Alerter
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Jean Louis, ne fout pas ma série en l'air ;) !

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