ActuKine.com - Actualité de la Kinésithérapie et de la Physiothérapie
              
Déontologie Ethique

L’imposition des mains à des fins thérapeutiques : ils sont parmi nous

Rédigé par le Samedi 12 Novembre 2011

David Vincent les a reconnu



Voici trois exemples de prises en charge du patient ou l’on compare une absence de touché et un patient touché sans délivrance d’un quelconque acte thérapeutique technique avec un traitement classiquement admis.

Ce qui est étonnant et confortant, c’est que, dans les trois cas, le simple contact physique avec le patient est au moins transitoirement plus efficace que l’absence de toucher. Il y a donc une alchimie observable à cette pratique, mais est-ce suffisant ?

La technique de Jones (Strain et Counterstrain)

Les ostéopathes pratiquant cette technique ont l’habitude de repérer et traiter des points dermalgiques superficiels lors du traitement des troubles musculo-squelettiques. Les techniques de Jones ont la réputation de diminuer immédiatement et de façon maintenue dans le temps des tensions musculaires ponctuelles et de corriger les dysfonctions vertébrales.
Pour comparer les effets de la technique, d’une technique placebo et de l’absence de contact, il suffit d’interroger le patient lombalgique sur son seuil de douleur à la pression lors d’une douleur expérimentalement provoquée.

L’augmentation des seuils de douleurs à la pression à l’aide de la technique de Jones est significativement différente de l’absence de traitement (p = 0.003), mais pas du traitement placebo (p = 0.305).

Les seuils de sensibilité à la douleur électrique ou à la résistivité sont augmentés dans le groupe contrôle, mais non lors des interventions manuelles.

Imposer les mains peut ici suffire pour obtenir un résultat comparable à la technique.

La mobilisation passive postéro-antérieure du tibia sous le fémur chez le patient gonarthrosique

Elle est réputée et démontrée efficace. Pourtant, suffit-il de poser les mains sur le genou douloureux ? Une étude montre que non.
Des manoeuvres visant à réduire le flessum par augmentation d’un tiroir antérieur ont été proposées il y a bien longtemps déjà par Raymond Sohier. Cette étude valide ces pratiques en comparant les effets de 9 minutes de mobilisation passive dans le bon sens, de simple contact cutané, d’une absence de contact, sur 38 sujets gonarthrosiques.

Les seuils de douleurs à la pression, le get up & go test, ont montré qu’il était plus efficace d’apprendre la technique, mais l’imposition des mains est significativement plus efficace que l’absence de contact...

Le massage sédatif chez des patientes après chirurgie liée à un cancer du sein

Nous avons déjà évoqué cette belle et sérieuse étude des Annals of Internal Medecine : Faire du massage «classique», «suédois» sur des patients atteints de cancer n’offre qu’un intérêt thérapeutique limité, mais plus important que celui du simple toucher réalisé en pensant à autre chose ( ex : poser les mains sur les épaules en comptant de 7 en 7 jusqu’à 100), le simple toucher étant marginalement plus efficace que l’absence de toucher.

Encore une fois, si vous prenez un air inspiré, sérieux et à l’écoute de votre patiente, lors de l’imposition des mains thérapeutique, vous aurez - de façon statistiquement significative et marginale - de meilleurs résultats que si vous ne la traitez pas, ou bien par le mépris.

Mais il est tout à fait possible d’être sérieux et à l’écoute de votre patiente à l’aide d’une technique enseignée depuis des décennies dans les IFMK : celà «marche» mieux que l’imposition des mains.

Est-ce qu'il suffit d'y croire ?

Nous en sommes aux balbutiements de l’Evidence Based Practice dans l’Hexagone et nos patients sont globalement biens gentils de se laisser traiter la plupart du temps en toute confiance, mais imaginez un patient revendicatif et procédurier sur lequel vous auriez administré vos merveilleuses techniques mystico-gélatineuses et qui porterait plainte pour incurie, au motif que vous n’avez pas appliqué à la lettre le VadeMecum de Kinésithérapie, page 234 au troisième paragraphe : quelle serait votre ligne de défense juridique ?
Que votre formateur certifié vous ai affirmé que l’ensemble des tissus de l’organisme sont mûs d’une motilité intrinsèque, que lui et vous êtes les seuls à pouvoir le sentir, que quand vous corrigez les énergies perverses le patient dort mieux ?

Et si le juge ne vous croit pas vous pensez sérieusement pouvoir lui confier à mi-voix que des émissaires initiés venant d’une autre planète vous ont confié ces pouvoirs miraculeux ? Que vous seul savez les reconnaitre ?

Un mien ami s’est retrouvé avec une plainte portée par un triste crétin au motif qu’il lui avait massé la cuisse à la suite d’une fracture fémorale fraîche et que sa rééducation s’en était trouvée affectée. Cette plainte a été jugée plaidable par l’avocat du patient. Il n’y avait là pourtant pas d’envol de sphénoïdes dans le traitement, mais une «bonne âme» avait sans doute soufflé à l’oreille du plaignant qu’il s’agissait d’une contre-indication provisoire écrite quelque part.

Méfiez vous, ce peut être votre prochain patient : ils sont partout et ils osent tout ; c’est d’ailleurs comme le disait Audiard, à çà qu’on les reconnait.
Si vous ne faites que vérifier l’absence d’ankylose du 5° doigt, vous allez passer à côté de la plupart d’entre eux.

Références bibliographiques

Lewis C, Khan A, Souvlis T, Sterling M. A randomised controlled study examining the short-term effects of Strain-Counterstrain treatment on quantitative sensory measures at digitally tender points in the low back. Man Ther. 2010 Dec;15(6):536-41.

Résumé de l’article disponible en ligne

Moss P, Sluka K, Wright A. The initial effects of knee joint mobilization on osteoarthritic hyperalgesia. Man Ther 2007;12:109-18.

Résumé de l’article disponible en ligne

J.S. Kutner, M.C. Smith, L. Corbin, L. Hemphill, K. Benton, B.K. Mellis, B. Beaty, S. Felton, T.E. Yamashita, L.L. Bryant, and D.L. Fairclough. Massage Therapy versus Simple Touch to Improve Pain and Mood in Patients with Advanced Cancer. A Randomized Trial. Annals of Internal Medicine 2008 (volume 149, pages 369-379).

Article disponible en ligne

Notez
Cette information a été ouverte par un clic sur son titre 3449 fois


1.Posté par Stephan ROSTAGNO le 12/11/2011 18:05 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
En lien http://www.pseudo-medecines.org/pages/Leffet_placebo-3618453.html un texte intéressant de Jean Brissonet sur une revue de littérature narrative de l'effet placebo.
Une explication et remise en question de ce qu'est vraiment le placebo ...

2.Posté par Laurent Rouseau le 15/11/2011 18:24 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Limiter les techniques de Jones à des appositions de mains me semble un peu réducteur. Toutes les techniques manuelles peuvent être passées à la moulinette de ces études, qui au fond ne nous apportent rien de bien intéressant, si ce n'est qu'il faut poser ses mains sur nos patients. Il est évident que nous ne nous adressons pas seulement aux tissus quand nous posons nos mains sur nos patients et que le simple fait d'entrer en contact avec eux, avec l'aura que nous possédons suffit parfois à avoir des résultats étonnant, faut il pour autant nous comparer aux envahisseurs? Quand arrêterons nous de chercher toutes sortes d'explications et de justifications à nos techniques. Je pratique les technique de Jones, sans être ostéopathe depuis 5 ans, et ne me sent pas l'âme de David Vincent. Dépenser de l'argent pour ce genre d'étude est bien navrant car cela ne fait que jeter le trouble sur notre pratique. Pour une fois qu'une technique ne fait pas appel à des explications complètement tordues, dont l'application est simple et les résultats plus que satisfaisant, il est regrettable de la voir une fois de plus mise à l'index.

3.Posté par Jean-Louis ESTRADE le 15/11/2011 22:54 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
J'ai dû mal m'exprimer : vous avez ici trois exemples qui montrent qu'une simple apposition des mains (votre terme est plus juste que le mien...) a un effet démontrable bien que modeste, comparativement à l'absence de toucher.
Comparé à cet effet, des techniques plus élaborées (massage "suédois", mobilisation passive dans un sens précis) peuvent avoir des effets thérapeutiques plus marqués ; d'autres, dont les techniques de Jones n'ont pas fait la preuve d'une efficacité supplémentaire.

Il est donc plutôt heureux que cette dernière étude vienne éclairer votre pratique, non ?

4.Posté par JLN le 16/11/2011 00:13 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Quand arrêterons nous de chercher toutes sortes d'explications et de justifications à nos techniques ?


Ah bon, c'est mal ?...
On arrêtera peut-être de chercher tout ça quand on arrêtera d'entendre, sans autre forme d'analyse, que la technique machin ou la méthode chose donnent des résultats "étonnants", "plus que satisfaisants", "bluffants", etc...

5.Posté par Laurent Rouseau le 16/11/2011 08:48 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
"d'autres, dont les techniques de Jones n'ont pas fait la preuve d'une efficacité supplémentaire.

Il est donc plutôt heureux que cette dernière étude vienne éclairer votre pratique, non ? "

La technique de Jones n'est pas une technique d'apposition de mains, la main qui repère et surveille le Tender Point n'est pas le plus important dans la technique, le plus important étant la mise en position du segment incriminé dans une position qui permet d'abolir au mieux ou de diminuer très sensiblement le ressenti douloureux au niveau du Tender Point. Ce fameux point pris par cette étude n'est pas l'objet de la technique mais bien un outils pour la finalité de la manoeuvre. Il est absurde de sortir de son contexte et de le juger sèchement sans réfléchir. A ce rythme là on va abandonner toute notre pratique. L' EBM doit se soucier de faire des études qui n'éclate pas les techniques en successions de manoeuvres mais qu'elle essaie de juger ces techniques sur la globalité.
Sorties de leur contexte toutes les manoeuvres des techniques de Thérapie Manuelle n'ont aucun sens si on ne met pas derrière un raisonnement clinique élaboré. C'est la même chose pour Jones. Dans cette étude on ne juge pas l'efficacité de la technique mais bien le marqueur et sa qualité, c'est très limite comme jugement.

"On arrêtera peut-être de chercher tout ça quand on arrêtera d'entendre, sans autre forme d'analyse, que la technique machin ou la méthode chose donnent des résultats "étonnants", "plus que satisfaisants", "bluffants", etc... "
La technique de Jones est une technique enseignée aux USA depuis plus de 30 ans et qui a démontré son efficacité quand elle est pratiquée avec sérieux et application. Certains enseignement de cette technique ont été galvaudé en Europe, et il est regrettable de la voir réduite à une application de mains. Nous avons formé des milliers de personne à pratiquer des techniques élaborées sur des fondements qui ne tiennent pas la route, en malgré cela leur pratique est reconnue et leur résultats appréciés. La véritable question à se poser est pourquoi tant de techniques basées sur du vent ou même sur des absurdités criantes sont elles si efficaces?

Stephan ROSTAGNO nous propose de nous pencher sur ce fameux effet PLACEBO qui existe à chaque fois que vous regarder un patient dans les yeux et que vous lui serrez la main. Que fait l'EBM pour analyser cet effet qui fait parti intégrante de nos traitements?

Je vous propose moi la lecture du bouquin de Butler et Moseley "Explain Pain" pour essayer de comprendre un peu mieux les mécanismes de la douleur et comment faire pour rendre un traitement efficace ou non en fonction de la manière dont il est pratiqué. Il est formidable de voir que des techniques très élaborées et très bien notées par l'EBM échouent lamentablement car bien que techniquement réalisées à la perfection elles ne reçoivent pas l'assentiment du patient pour X raisons. Parallèlement à cela des techniques peu validées marchent à merveille car pratiquées avec force conviction et beaucoup de persuasion.

Ne serait ce pas nos patients qui seraient des extra terrestres?

6.Posté par Jean MOUGEL le 16/11/2011 10:04 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Les réactions dans les commentaires mais aussi la façon de présenter ce billet un peu provocateur de la part de JLE montrent bien les difficultés que nous avons à nous placer en face de cette masse de connaissances EBP déferlant sur nos neurones avides de repères cliniques.

L'EBP est un bon indicateur statistique mais pas plus, c'est donc un bon repère éthique dans les orientations collectives. (enseignement, recommandations, orientation des fonds en santé publique, communication professionnelle pour le grand public...)
Dans la pratique clinique, l'EBP permet une approche raisonnée illustrée par ces phrases: "nous pouvons raisonnablement penser que" ou encore "nous avons plus de chance de réussir notre traitement en le pratiquant de telle manière".

En rencontrant un patient pour un problème à un moment donné, vous ne pourrez jamais conclure sur le lien entre votre intervention et l'amélioration de cette personne. Vous pourrez au mieux apprécier la correspondance ou non entre le choix de votre traitement, l'amélioration de votre patient et son évaluation statistique par l'EBP.

Nouveau commentaire :

Merci d'apporter des commentaires constructifs et adaptés et de ne pas porter de propos diffamatoires ou portant atteinte à l'honneur à la profession

Organisations des soins | Déontologie Ethique | Politique Professionnelle | Documentation | Enseignement | Recherche | International | Infos spécifiques | Communication | Infos générales




Inscription à la newsletter

Derniers commentaires