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Douleur

Le dessin de la douleur (pain drawing) II : Validités

Rédigé par le Dimanche 2 Octobre 2016



Dans les troubles musculo-squelettiques, les poly-algies sont les plus communes :

Une sélection randomisée de 4049 patients de plus de 18 ans a reçu un questionnaire comportant un dessin de la douleur (DD). 2445 d’entre eux ont répondu, dont 44% d’hommes de 52 ans de moyenne d’âge. 45% souffraient de troubles musculo-squelettiques chroniques. Les trois-quarts de ceux-ci présentaient deux ou plus de deux sites douloureux distincts. Les variables pouvant sensiblement prédire cette étendue étaient l’âge (en dessous de 55 ans), une détresse psychologique, et surtout une forte intensité des douleurs (odds-ratio à 5.2, IC95% [4.1 à 6.7] [Carnes 2007].

Les femmes exagèrent :

126 patients souffrant de troubles musculo-squelettiques chroniques ont été évalués. L’importance de la douleur était faiblement corrélée avec le DD chez les hommes (r = 0.38, P = .003) comme chez les femmes (r = 0.23, P = .052). Il n’y avait pas de différences entre les niveaux de douleurs chez les hommes et les femmes, mais l’étendue du DD était plus importante chez les femmes [George 2007].

Dans une lombalgie, comparativement à l’EVA et à d’autres scores :

Sur un suivi de 6 mois, la mesure des aires (MdA) a été comparée à une échelle japonaise de la lombalgie (Japanese Orthopaedic Association scoring system for low back pain soit le JOA score) et l’EVA, avant et après traitement.
Les valeurs moyennes de l’EVA, de la MdA comme du JOA score diminuaient avec une corrélation significative entre elles [Tachibana 2016] .

160 patients souffrant de lombalgie aiguë ou subaiguë ont été suivis sur 10 semaines de traitement (rester actif avec ou sans thérapie manuelle). Ils ont remplis chacuns 3 DD, avant traitement, à 5 et 10 semaines, en complément de l’EVA. La proportion de zones marquées, la moyenne de leur nombre, de leur surface, la proportion des patients avec irradiation douloureuse ont décrut lors des 10 semaines, de façon plus marquées les 5 premières. Il y avait une corrélation modérée (r = 0,4 p < 0.0001) entre l’EVA, les scores fonctionnels et le score du DD [Grunnesjö 2006].

Le grid score présente une corrélation excellente avec l’EVA dans le suivi de cancers profonds de la région abdominale. Les coefficients de corrélation intra-classes avant chirurgie comme un mois après sont égaux ou supérieurs à 0.97 [Novy 2016].

Pour classer les différents types de lombalgies :

La méthode permet d’obtenir une impression initiale du patient lombalgique valide [Mann 1991]. Elle ne permet pas de discriminer «à coup sûr» entre les syndromes lombaires étiquetétés comme bénins, liés à une hernie discale, psycho-somatiques, ou liés à un canal lombaire étroit, mais est-ce que ces classifications sont aussi tranchées entre elles ?

Pour mettre en évidence des lombalgies avec implication des centres supérieurs :

Les études présentent des résultats contradictoires.

Une revue systématique et méta-analyse a cherché à évaluer la précision diagnostic des DD pour identifier les lombalgies subaigues et chroniques s’accompagnant de souffrances psychologiques. Sa comparaison avec le score de Wadell n’en fait pas un bon indicateur des détresses psychologiques pouvant accompagner les lombalgies [Bertozzi  2015].

A l’inverse, une étude prospective portant sur une cohorte de 138 patients (81 suivis à terme) souffrant de lombalgie chronique ou récurrente suivie sur un an, montre que le DD comparé à d’autres indicateurs que le Wadell, est associé avec la dépression, la somatisation et la détresse [Abbott 2015].

Une étude prospective est partie à la recherche de symptômes neuropathiques et de leur pérénisation, leur relation avec l’intensité et la localisation de la douleur, la détresse, chez 86 sujets entre 18 et 70 ans souffrant de troubles musculo-squelettiques chroniques. 49 présentaient des douleurs étendues et 39 remplissaient les critères permettant de les considérer comme fibromyalgiques.
Ses auteurs considèrent que ces symptômes sont des composantes majeures de la douleur musculo-squelettique et qu’ils sont stables, étroitement liés au stress émotionnel et à la fibromyalgie. C’est une forme de sensibilisation sous-jacente [Giske 2009].

Pour mettre en évidence les implications sociales de la lombalgie :

Plus la douleur est étendue, plus elle est liée à d’autres facteurs sociaux (forte détresse, bas niveau d’éducation, attente d’indemnisation, sujets socialement défavorisés) et clinique (douleur intense, consommation médicamenteuse importante, beaucoup de consultations médicales, faible qualité de vie) [Gerhardt 2014].

Le DD ne met pas en évidence des altérations radiculaires ou discales lombaires :

La concordance entre l’imagerie par IRM et la clinique pour détecter des souffrances radiculaires est faible. Celles-ci ont été recherchées chez 61 patients par examen clinique et DD. Les observations par IRM d’une altération neurale étaient significativement moins fréquentes que leur observation clinique ou grâce au DD, lorsqu’elles concernent une même région, y compris dans la région où ces observations sont les plus communes (L4-L5) [Bertilson 2010].

Le DD ne permet pas non plus de mettre en évidence une altération discale à l’IRM. Il faut noter que déterminer à l’IRM cette altération est d’une fiabilité moyenne entre opérateurs (kappa=0.64). Ce n’est pas corrélé au DD (ni à l’EVA, ni à l’Oswestry).

Le DD ne correspond pas à des niveaux métamériques précis :

216 patients souffrant depuis plus de 6 mois d’une cervicalgie attribuée à un fléau cervical de grade 2 ou 3 ont été analysés à l’aide d’un DD matérialisant les niveaux métamériques. Sa concordance avec les évaluations cliniques est pauvre lorsqu’on le compare à l’évaluation neurale (kappa =0.11, IC95%[ -0.03 à 0.20], mais est-ce que les souffrances de la cervicalgie attribuée à un fléau cervical suivent souvent un trajet métamérique ? [Bernhoff 2016].

Son intérêt dans les cervico-scapulalgies :

50 patients souffrant du cou et de l’épaule ont été analysés à l’aide d’un DD par deux examinateurs, dont un novice. Les auteurs considèrent que l’évaluation initiale par DD semble fiable, facile à comprendre et suffisamment sensible pour mettre en évidence des altérations de la sensibilité de la région du cou et de l’épaule, altérations présentes chez 80% de ces patients.  Le processus d’analyse du DD est rapide et simple, facile à apprendre. Il permet de mettre en évidence des zones douloureuses habituellement passées sous silence [Bertilson 2007].

Références bibliographiques :

[Abbott 2015] Abbott JH et al. Validity of pain drawings for predicting psychological status outcome in patients with recurrent or chronic low back pain. J Man Manip Ther. 2015 Feb;23(1):12-9.

Accès gratuit à l’article

[Bernhoff 2016] Bernhoff G et al. The pain drawing as an instrument for identifying cervical spine nerve involvement in chronic whiplash-associated disorders. J Pain Res. 2016 Jun 13;9:397-404. doi: 10.2147/JPR.S104747

Accès gratuit à l’article

[Bertilson 2007] Bertilson B, Grunnesjö M, Johansson SE, Strender LE. Pain drawing in the assessment of neurogenic pain and dysfunction in the neck/shoulder region: inter-examiner reliability and concordance with clinical examination. Pain Med. 2007 Mar;8(2):134-46

Article disponible en ligne

[Bertilson 2010]. Bertilson BC, Brosjö E, Billing H, Strender LE. Assessment of nerve involvement in the lumbar spine: agreement between magnetic resonance imaging, physical examination and pain drawing findings. BMC Musculoskelet Disord. 2010 Sep 10;11:202

Accès gratuit à l’article

[Bertozzi  2015] Bertozzi L et al. The accuracy of pain drawing in identifying psychological distress in low back pain-systematic review and meta-analysis of diagnostic studies. J Phys Ther Sci. 2015 Oct;27(10):3319-24. doi: 10.1589/jpts.27.3319

Accès gratuit à l’article

[Carnes 2007] Carnes D, Parsons S, Ashby D, Breen A, Foster NE, Pincus T, Vogel S, Underwood M. Chronic musculoskeletal pain rarely presents in a single body site: results from a UK population study. Rheumatology (Oxford). 2007 Jul;46(7):1168-70

Article disponible en ligne

[Dos Reis 2016]     Dos Reis FJ et al. Measuring the Pain Area: An Intra- and Inter-Rater Reliability Study Using Image Analysis Software. Pain Pract. 2016 Jan;16(1):24-30

Résumé disponible en ligne

Accessible sur DeepDyve

[Falla 2016] Falla D et al. Perceived pain extent is associated with disability, depression and self-efficacy in individuals with whiplash-associated disorders. Eur J Pain. 2016 Oct;20(9):1490-501. doi: 10.1002/ejp.873

Résumé disponible en ligne

[George 2007] George SZ, Bialosky JE, Wittmer VT, Robinson ME. Sex differences in pain drawing area for individuals with chronic musculoskeletal pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2007 Mar;37(3):115-21

Accès gratuit à l’article

[Gerhardt 2014]. Gerhardt A, Hartmann M, Blumenstiel K, Tesarz J, Eich W. The prevalence rate and the role of the spatial extent of pain in nonspecific chronic back pain--a population-based study in the south-west of Germany. Pain Med. 2014 Jul;15(7):1200-10

Accès gratuit à l’article

[Giske 2009] Giske L, Bautz-Holter E, Sandvik L, Røe C. Relationship between pain and neuropathic symptoms in chronic musculoskeletal pain. Pain Med. 2009 Jul-Aug;10(5):910-7. doi: 10.1111/j.1526-4637.2009.00622.x

Article disponible en ligne

[Grunnesjö 2006] Grunnesjö M, Bogefeldt J, Blomberg S, Delaney H, Svärdsudd K. The course of pain drawings during a 10-week treatment period in patients with acute and sub-acute low back pain. BMC Musculoskelet Disord. 2006 Aug 11;7:65

Article disponible en ligne

[Mann 1991] Mann N, Brown M, Enger I. Statistical diagnosis of lumbar spine disorders using computerized patient pain drawings. Computers in Biology and Medicine 1991; 21:383-397

[Novy 2016] Novy DM et al. Effectiveness of Splanchnic Nerve Neurolysis for Targeting Location of Cancer Pain: Using the Pain Drawing as an Outcome Variable. Pain Physician. 2016 Jul;19(6):397-403

Accès gratuit à l’article

[Pande 2009] Pande KC, Khurjekar K, Kanikdaley V. Correlation of low back pain to a high-intensity zone of the lumbar disc in Indian patients. J Orthop Surg (Hong Kong). 2009 Aug;17(2):190-3

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[Persson 2011] Persson AL, Garametsos S, Pedersen J. Computer-aided surface estimation of pain drawings - intra- and inter-rater reliability. J Pain Res. 2011;4:135-41

Accès gratuit à l’article

[Tachibana 2016] Tachibana T et al. Use of pain drawing as an assessment tool of sciatica for patients with single level lumbar disc herniation. Springerplus. 2016 Aug 9;5(1):1312. doi: 10.1186/s40064-016-2981-z

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