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Exercice professionnel

Les pathologies des membres inférieurs, une histoire d'abdominaux et de "chaînes kinétiques" ?

Rédigé par Olivier Daudier le Mardi 7 Mai 2019



Les exercices de stabilité du tronc (Core stability pour les plus anglophones d’entre nous) jouent un rôle dans le maintien postural, mais aussi dans les changements de position. De même, il a été montré que le renforcement des abdominaux profonds apporte une stabilité de la colonne lombaire plus importante [1,2]. Jusqu’ici, tout va bien, il ne s’agit là que d’enfoncer une porte ouverte, et ce n’est pas l’objet principal de cette brève d’actualité.
 
L’information qui nous intéresse tout particulièrement aujourd’hui, c’est la relation entre la stabilité du tronc, et ce qui peut en résulter sur les membres supérieurs ou inférieurs. Car, oui, depuis quelques années maintenant, des voix s’élèvent pour souligner la relation entre la force des abdominaux (agissant dans la stabilité du tronc), et la force des membres. Shinkle et al [3] tentaient, en 2012 de développer un test dont l’objectif serait de déterminer l’implication des muscles du tronc dans la performance musculaire des membres. A l’issue de leur étude préliminaire (n=25 jeunes joueurs de football), les résultats montrent que le squats sous forme d’une seule répétition avec résistance maximale (1RM) sont liés significativement à la force des abdominaux.
 
L’année suivante, Sandrey et al publiaient dans le "journal of sport rehabilitation", une étude suggérant que la force et l’endurance des abdominaux influent significativement sur la réalisation du SEBT : le fameux star excursion balance test évaluant la fonction des membres inférieurs [4].
 
En 2015, Sheri et al publient une revue de littérature sur l’impact de la stabilité du tronc sur la force et les blessures du membre supérieur. Ils énoncent que de nombreuses études pointent des corrélations entre ces deux composantes, mais que les niveaux de preuves associés aux études qui les traitent sont encore insuffisants.
 
De plus en plus de travaux récents soulignent des pistes d'une association de la faiblesse des stabilisateurs de tronc avec l’apparition de pathologies musculosquelettiques. C’est l’une de ces publications qui est à l’origine de cette brève. Une étude de cohorte menée par De Blaiser et al, et parue le 30 avril dernier, tend à établir la faiblesse des muscles stabilisateurs du tronc comme un facteur de risque des pathologies musculosquelettiques du membre inférieur ! Chez les 139 individus dont les données ont été analysées, 34 ont développé des pathologies de sur-utilisation du membre inférieur au cours du suivi de 1 an et demi. Les analyses révèlent que ce groupe démontrait aussi une proportion significativement plus grande de personnes avec un déficit de force en flexion/extension de hanche, en endurance des abdominaux, et une asymétrie plus marquée dans le contrôle postural dynamique. Le tout associé à un niveau de preuve 2 (gradation d’Oxford CEBM), de quoi alimenter efficacement les futures revues de littérature.

Ceux d’entre vous ayant assisté aux JFK, et plus particulièrement aux conférences sur les pathologies de la coiffe des rotateurs y verront un clin d’œil : le concept de chaînes kinétiques y a été abordé par une référence à la publication de Seroyer et al de 2010 [5] portant sur la force de lancer des pitchers de baseball. Cette publication, relayait les travaux de Kibler et Chambler de 1995 mettant en évidence qu’une diminution de 20% de l’énergie fournie par le tronc lors d’un lancer devait être compensée par une hausse de 36% de l’énergie cinétique de l’épaule pour obtenir un lancer équivalent.
 
Toutes ces informations suggèrent un lien étroit entre la stabilité du tronc, procurée par la force musculaire, notamment, des abdominaux, avec la force des membres et les risques de pathologies de sur-utilisation des membres inférieurs.

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[1]        The Effects of Deep Abdominal Muscle Strengthening Exercises on Respiratory Function and Lumbar Stability n.d. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3805012/ 
[2]       Abdominal muscle activation increases lumbar spinal stability : analysis of cotributions of different muscle groups n.d. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3157598/
[3]        Effect of core strength on the measure of power in the extremities. - PubMed - NCBI n.d. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22228111 
[4]        Improvement in dynamic balance and core endurance after a 6-week core-stability-training program in high school track and field athletes. - PubMed - NCBI n.d. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23799868 
[5]        Seroyer ST, Nho SJ, Bach BR, Bush-Joseph CA, Nicholson GP, Romeo AA. The Kinetic Chain in Overhand Pitching: Its Potential Role for Performance Enhancement and Injury Prevention. Sports Health Multidiscip Approach 2010;2:135–46. doi:10.1177/1941738110362656.

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1.Posté par Jacky OTERO le 08/05/2019 21:29 | Alerter
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Un doute...

Le fait que l'on retrouve un déficit d'endurance au niveau des abdominaux chez des personnes avec des TMS des membres n'indique pas qu'il y a une relation de cause à effet ?

C'est un peu comme lorsque l'on avait retrouvé chez les lombalgiques un déficit des abdominaux et que l'on supposait un lien de cause à effet.

On a mis en place des renforcements chez tous les lombalgiques... Avec les résultats connus.

Le comble c'est que l'on avait négligé que les spinaux étaient encore plus déficitaires = on aggravait l'inversion de ratio !

Et au final ces déficits n'ont pas démontré être la cause des lombalgies... Une conséquence ?

Bref comment interpréter cette "trouvaille"?

Renforcer les "muscles profonds" puisqu'ils dont déficitaires en espérant que l'on évitera des TMS des membres ou qu'on les améliorera ?

2.Posté par Olivier Daudier le 01/06/2019 00:15 | Alerter
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Bonjour,
C'est une excellente question que vous apportez là.
La publication relayée dans cette brève nous explique (globalement) que le phénomène suivant existerait : un manque de force du tronc serait un facteur de risque de développer des pathologies du MI.

Les données dont nous pouvons disposer pour le moment impliquent que la faiblesse des muscles du tronc est équivalente à un facteur de risque. Je n'ai pas, à ce jour, pu mettre la main sur une publication qui exposait la relation contraire (et qui nous intéresse). Par là, j'entends une étude prospective comparant 3 groupes : population générale ; population à risque avec faible force du tronc ; et population à risque avec faible force du tronc suivant un programme de renforcement(ou autre). Ce modèle s'adapterait à une volonté de prévention.

Dans le cas où l'on souhaiterait appliquer un programme de réhabilitation en vue de traiter des pathologies déjà présentes, un ECR avec des critères de sélection précis serait, à mon sens, adapté.

Pour tenter de répondre à votre interrogation de départ qui, si je comprends bien, est : peut-on appliquer ces informations en pratique clinique? Je dirais qu'il est encore tôt pour généraliser ce modèle. Les preuves dont nous disposons sont encore bien faibles. En ce qui concerne ma pratique personnelle cette fois, j'applique ce que je pense être bon, et ici, il s'agit de renforcer les compétences musculaires du tronc lors d'une rééducation des membres. Je projette les résultats des articles ci-dessus à une population bien plus large lorsque je le pense adapté, au cas par cas. Désolé si cette dernière position ne vous aide pas davantage, c'est peut être là que notre expérience/instinct clinique entre en jeu.

deux lectures complémentaires que j'ai débusquées récemment (toujours de petits échantillons malheureusement)
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6407754/://
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5852230/://

J'espère que j'ai pu apporter un fragment de réponse aux questions que vous vous posiez,
Je vous souhaite un bon week-end à venir,

PS : Désolé du délai de réponse, votre question était passée au travers de ma veille

Olivier

3.Posté par Jacky OTERO le 01/06/2019 09:37 | Alerter
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Merci. Réponse très pertinente qui méritait du temps pour être exhaustif.

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