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Exercice professionnel

Lombalgie aigue : Education versus Placebo

Rédigé par Actu Kiné le Dimanche 16 Décembre 2018



L'éducation intensive du patient est-elle efficace dans le cadre des soins de première ligne destinés aux patients souffrant de lombalgie aiguë ?
Dans cet essai clinique randomisé mené auprès de 202 adultes atteints de lombalgie aiguë à Sydney, en Australie, l'ajout d'une éducation intensive des patients aux soins de première ligne des patients ne permettait pas d'améliorer les résultats de la douleur par rapport à une intervention placebo.

Tous les participants ont reçu les soins recommandés pour leur douleur aiguë par leur praticien habituel (manipulation, exercices à direction préférentielle etc). Un groupe a suivi des sessions supplémentaires d'éducation du patient de 2 × 1 heure (informations sur la douleur et les facteurs biopsychosociaux, ainsi que des techniques d'autogestion telles que rester actif et en phase de stimulation), l'autre une éducation placebo (écoute active, sans information ni conseil).

Le principal critère d'évaluation était l'intensité de la douleur (échelle d'évaluation numérique à 11 points) à 3 mois. Les résultats secondaires comprenaient l’incapacité (questionnaire Roland Morris sur l’invalidité en 24 points) à 1 semaine et à 3, 6 et 12 mois.

Résultats, pas de différence notable entre les deux groupes en dehors d'un score fonctionnel timidement amélioré à 1 semaine et donc l'effet disparait ensuite.

Au final, il n'est sans doute pas nécessaire de passer plus de temps que ça à l'éducation du patient dans le cas d'une lombalgie aigue. Les auteurs conclue que la présence de l'éducation dans les recommandations était sans doute prématurée.
Pour en avoir le coeur net, nous avons été voir dans la recommandation de l'apta de 2012.
Clinical Practice Guidelines Linked to the International Classification of Functioning,
Disability, and Health from the Orthopaedic Section of the American Physical Therapy Association, J Orthop Sports Phys Ther. 2012;42(4):A1-A57. doi:10.2519/jospt.2012.0301


Deux affirmations de niveau de preuve I retiennent l'attention :
« Des revues systématiques ont mis en évidence des preuves modérées incitant les patients à rester actifs, par rapport au repos au lit, afin d'optimiser les possibilités de réduction de la douleur et d'amélioration fonctionnelle. »

« un conseil général de rester actif est suffisant pour les patients souffrant de lombalgie aiguë. Une éducation plus impliquée relative aux exercices appropriés et aux activités fonctionnelles visant à promouvoir l'autogestion active est efficace chez les patients souffrant de douleurs lombaires subaiguës et chroniques. »

Il n'y a donc pas de contradiction entre des deux articles, l'éducation intensive n'a aucun impact sur une lombalgie aigue, un simple conseil de rester actif suffit.

Dans tous les cas, ce conseil n'apparait pas comme un élément essentiel mais comme un adjuvant (grade B) au principe actif contenu dans les interventions de thérapie manuelle (grade A), ce qui n'est pas tout à fait le message de l'assurance maladie !

Effect of Intensive Patient Education vs Placebo Patient Education on Outcomes in Patients With Acute Low Back PainA Randomized Clinical Trial Adrian C. Traeger, PhD1,2; Hopin Lee, PhD1,3; Markus Hübscher, PhD1; et al

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1.Posté par Michel GUILLOT le 18/12/2018 10:00 | Alerter
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L'éducation orale ne sert à rien, c'est les spaghettis projetés contre le mur de Mike Stewart, l'éducation par l’expérience fonctionne.
Est ce celle là qui était employée ici?

2.Posté par Joshua Lavallée le 19/12/2018 10:26 | Alerter
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Depuis les recommandations de l'APTA en 2012, de l'eau a coulé sous les ponts. Il y a notamment eu des recommandations nationales (TOP-Canada 2015, NICE-UK 2016, ACP+APS-USA 2017) (O'Connell 2017 et 2018) de haute qualité (Wong 2017) ainsi que des recommandations par le Lancet (Maher 2017, Hartvigsen 2018, Buchbinder 2018) qui, ayant produit un magistral état des lieux sur la lombalgie non-spécifique, plaçait l'éducation (sur le pronostic faborable, rester actif, éviter l'alitement etc.) en 1ère ligne de traitement que ce soit en aigu ou pour la lombalgie persistante, tandis que dans les 2 cas la thérapie manuelle vertébrale manipulative n'était recommandée qu'en 2ème ligne de traitement.
Lorimer Moseley, co-auteur du papier, discute les résultats et leurs retombées médiatiques et cliniques :
https://bodyinmind.org/explaining-pain-traeger-part-1/

3.Posté par Patrice PIETTE le 19/12/2018 22:12 | Alerter
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Merci pour le lien vers Lorimer Moseley, c'est très intéressant
Certes, de l'eau a coulé sous les ponts mais sans renverser des montagnes. En y regardant de plus près sur les articles que vous citez, nous pouvons voir que :
Les recommandations NICE restent très vague sur l'éducation en ne citant que deux phrases, "rester actif et pratique une activité physique" et ce sans préciser la population concernée, aigue chronique ou sciatique puisque la recommandation concerne aussi ce problème (paragraphe 1.2.1). Il n'y a également aucun grade précisé dans le texte.
La recommandation canadienne est une mise à jour de la recommandation de 2009 qui s'appuie elle même sur trois recommandations parues entre 2003 et 2006. Elle n'apporte rien en terme de preuves mis à part un arbre décisionnel.
La recommandation des l'association des physiciens (US) est très centré sur la pharmacopée, les autres interventions sont analysés à la volée sans grande précision sur les extraction de données des articles et les niveaux de preuves associés.
L'article de O'Connel est très intéressant car c'est une critique sur les contradictions et les faiblesses des trois précédentes recommandations
Les articles du Lancet ne sont en fait que des contenus narratifs qui s'appuient également sur les trois premières recommandations.
Bref, l'article de 2012 reste un travail de qualité sur le plan méthodologique, extraction des données, niveaux de preuves, grade précisé et argumenté pour chaque intervention. Même si des informations nouvelles viennent l'enrichir, pour le moment, il reste d'actualité pour la quasi totalité de son contenu. Si tous les kinésithérapeutes la connaissait pour en faire une base de travail pertinente, cela serait déjà pas mal.
Voici les références complète pour les lecteurs :
Foster, N. E., Anema, J. R., Cherkin, D., Chou, R., Cohen, S. P., Gross, D. P., … Woolf, A. (2018). Prevention and treatment of low back pain: evidence, challenges, and promising directions. The Lancet, 391(10137), 2368‑2383. http://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30489-6

Hartvigsen, J., Hancock, M. J., Kongsted, A., Louw, Q., Ferreira, M. L., Genevay, S., … Woolf, A. (2018). What low back pain is and why we need to pay attention. The Lancet, 391(10137), 2356‑2367. http://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30480-X

Toward Optimized Practice. (2009). Guideline for the Evidence-Informed Primary Care Management of Low Back Pain. Primary Care, 1‑21.
Qaseem, A., Wilt, T. J., McLean, R. M., & Forciea, M. A. (2017). Noninvasive treatments for acute, subacute, and chronic low back pain: A clinical practice guideline from the American College of Physicians. Annals of Internal Medicine, 166(7), 514‑530. http://doi.org/10.7326/M16-2367

O’Connell, N. E., Cook, C. E., Wand, B. M., & Ward, S. P. (2016). Clinical guidelines for low back pain: A critical review of consensus and inconsistencies across three major guidelines. Best Practice and Research: Clinical Rheumatology, 30(6), 968‑980. http://doi.org/10.1016/j.berh.2017.05.001

Buchbinder, R., van Tulder, M., Öberg, B., Costa, L. M., Woolf, A., Schoene, M., … Woolf, A. (2018). Low back pain: a call for action. The Lancet, 391(10137), 2384‑2388. http://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30488-4

Toward Optimized practice. (2015). guideline Low Back Pain. Canada, 1‑2. http://doi.org/10.1360/zd-2013-43-6-1064

Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management NICE guideline [NG59] Published date: November 2016
https://www.nice.org.uk/guidance/NG59/chapter/Recommendations#non-invasive-treatments-for-low-back-pain-and-sciatica

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