ActuKine.com - Actualité de la Kinésithérapie et de la Physiothérapie
              
Organisations des soins

Pour la reconnaissance et le développement de la kinésithérapie en santé mentale

Rédigé par Guy Adant le Jeudi 5 Janvier 2012



Par définition et à première vue, la kinésithérapie ne s’adresserait qu’aux désordres principalement mécaniques du corps. Cette façon de voir est en grande partie un héritage du dualisme cartésien qui caractérise presque essentiellement la culture occidentale.
Si on change de perspective et que l’on conçoit l’être humain dans sa globalité, alors on peut envisager une kinésithérapie qui soigne aussi les désordres de l’esprit.
La prévalence des troubles de santé mentale est élevée. Selon l’O.M.S. (1) les maladies mentales seraient les causes les plus importantes d’invalidité dans le monde. Une personne sur quatre en Europe présente un trouble mental durant sa vie. Les troubles les plus fréquents sont les troubles de l’humeur (13,9), les troubles anxieux (13,6%), les addictions à l’alcool. (5,2%) (2).
Les maladies les plus graves nécessitent le plus souvent une prise en charge hospitalière dans les unités psychiatriques des hôpitaux généraux ou dans les hôpitaux spécialisés en psychiatrie mais beaucoup de troubles, malgré leurs symptômes invalidants, restent dans une certaine mesure compatibles avec la vie de tous les jours et peuvent être soignés au cabinet. C’est la cas, entre autres, de la majorité des troubles anxieux, des états dépressifs mineurs, de l’insomnie chronique, des somatisations diverses.
La kinésithérapie en santé mentale trouve sa place à la fois dans les institutions hospitalières mais pourrait également être proposée plus souvent en exercice libéral.
Dans un communiqué de presse du 7 juin 2011, la Haute Autorité de Santé (France) préconise de sortir du « tout médicament » et suggère aux médecins d’oser des prescriptions non médicamenteuses.
Or, le traitement le plus habituel des troubles mentaux même pour des troubles mineurs reste le traitement médicamenteux en grande partie pour des raisons culturelles à la fois pour les prescripteurs mais également pour les consommateurs de soins.
Si le traitement pharmacologique se révèle pertinent dans les stades aigus des maladies mentales et dans les troubles psychotiques, il possède moins de validité pour la plupart des troubles mentaux chroniques. Par ailleurs, même si le traitement médicamenteux est pratiquement toujours le traitement de première intention, son observance n’est pas parfaite. Une étude de l’OMS (3) montre que 50% des patients ne prennent pas leurs médicaments. Mais combiner psychothérapie ou kinésithérapie et traitement médicamenteux est souvent judicieux car si les médicaments psychotropes atténuent les symptômes, ils n’apportent rien au plan du vécu. Une prise ne charge non médicamenteuse peut ainsi renforcer l’adhésion au traitement pharmacologique quand ce dernier est nécessaire.
Le recours aux psychothérapies les plus répandues, n’est pas systématique pour diverses raisons : accessibilité plus difficile, impératif de verbalisation, peur de la stigmatisation, absence de remboursement par la sécurité sociale. Si on va jusqu’à la caricature, quand on propose de la kinésithérapie à un patient, l’image qu’il se fait de ces soins lui convient souvent bien à cause du rapport favorable avec le corps qu’il établit spontanément alors que si on lui prescrit d’aller consulter un psychiatre ou un psychologue, il peut craindre une mise à nu psychologique ou pire redouter être pris pour fou par ses pairs.

Toute souffrance du Soi est (aussi) une souffrance du corps, une souffrance incarnée disaient Sivadon & Fernandez (4).
Les personnes qui souffrent de maladies mentales présentent presque toujours un mal-être corporel que les soins de kinésithérapie peuvent bien souvent apaiser. Les somatisations sont régulières dans les troubles mentaux mais même au-delà puisque des études ont montré que beaucoup de lombalgies chroniques classiques étaient l’expression somatique d’un malaise psychique (5).

Il existe de bons niveaux de preuves de l’efficacité de l’exercice physique, du massage, de la relaxation, de l’hydrothérapie et de la gestion de la douleur dans le traitement des troubles de la santé mentale.

Bien évidemment, si la kinésithérapie développe une offre pertinente de soins en santé mentale, une des premières conditions, est de revoir la formation et/ou de la compléter ou encore d’inscrire cette formation spécialisée en formation continue (6).

Nos collègues Anglais ont réalisé en 2000 (7) une mise au point assez complète de l’efficacité de la kinésithérapie en santé mentale basée sur des niveaux de preuves (evidence-based), ne serait-il pas opportun de leur emboîter le pas dans les pays de langue française ?

J’en appelle à tous ceux qui sont kinésithérapeutes dans le secteur afin d’unir nos expériences et nos connaissances pour assurer des fondements à ces pratiques, les faire reconnaître et les développer. J’espère que le débat est ouvert et ne fait que commencer.

Guy Adant est Kinésithérapeute & ergothérapeute spécialisé en santé mentale, master en santé publique, formateur, enseignant hre Haute Ecole Condorcet (Tournai, Belgique)

Article soumis le 02/01/2012 et accepté le 04/01/2012

Références

Wang PS, Aguilar-Gaxiola S, Alonso J et al. (2007) Use of mental health services for anxiety, mood, and substance disorders in 17 countries in the WHO world mental health surveys, Lancet, sep.8 ; 370 (9590) : 841-50
Wittchen HU, Jacobi F, (2005) Size and burden of mental disorders in Europe—a critical review and appraisal of 27 studies, Eur Neuropsychopharmacol, 15:357-76.
World Health Organization (2003) (PDF). Adherence to Long-Term Therapies: Evidence for Action. Geneva: World Health Organisation. ISBN 92-4-154599-2.
Sivadon, P, Fernandez-Zoila (1986) Corps et thérapeutique, Paris, PUF.
Tamar Pincus, A. Kim Burton, Steve Vogel, Andy P. Field (2002) A Systematic Review of Psychological Factors as Predictors of Chronicity/Disability in Prospective Cohorts of Low Back Pain, SPINE Volume 27, Number 5 : E109–20.
Adant, G. (2005) Kinésithérapie en santé mentale, Cours inédit, Master en kinésithérapie, Haute Ecole Condorcet, Tournai.
Donaghy, M., Durward, B. (2000) A report on the clinical effectiveness of physiotherapy in mental health, Evidence-based briefing paper, National Service Framework Mental Health, www.csp.org.uk

Notez
Cette information a été ouverte par un clic sur son titre 3827 fois


1.Posté par Kamil F. le 05/01/2012 09:35 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Aux Pays-Bas il existe une spécialisation specifique: la Physiotherapie Psychosomatique. De plus, la psychologie fait partie des cursus et beaucoup de kinés se forment d' eux-meme au traitement de differentes problematiques (burn-outs, hyperventilation). De là à dire qu' ils pourraient ou devraient devenir des psychotherapeutes il y a un un pas immense. La connaissance de ' trucs' ne remplacera jamais le long cursus préparant au métier de psychothérapeute. c'est pour cela que notre domaine d' action se restreint au psychosomatique ou a l' accompagnement de patients psychiatriques (pour ceux qui ont le master correspondant de phys Psycho-som.)
Moi perso, je me suis formé au traitement de patients souffrant d' hyperventilation, mais je fais toujours remplir des questionnaires a ces patients afin de déceler des pathologies mentales sortant de mon domaine de compétence, cela arrive plus souvent que j' aimerais le croire que je doive les renvoyer chez leur médecin ou leur psy. Je n' ose pas imaginer les dégâts si je ne le faisais pas.

Donc oui à la psychosomatique, non à la psychotherapie. Et vive le triage.

2.Posté par Adant G. le 05/01/2012 10:24 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
D'accord, ne mélangeons pas psychothérapie et kinésithérapie mais rien n'empêche un kinésithérapeute de devenir lui-même psychothérapeute et d'utiliser les moyens du kinésithérapeute en psychothérapie.
Distinguons deux niveaux : un cours de kinésithérapie en santé mentale inscrit dans le cursus de formation général qui serait une initiation et une ouverture vers cette spécialisation et une spécialisation post-graduée.

3.Posté par JL E le 05/01/2012 11:02 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
La vie n'est pas assez longue pour tout faire, mais cumuler des diplômes de MK et de psychologue clinicien, quel pied celà doit être...

4.Posté par Kamil F. le 05/01/2012 13:41 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Un psychotherapeute est a la base deja formé aux techniques que les kinés utilisent en Physiotherapie psychosomatique. L'attrait d'un kiné par-rapport à un psy c'est que le tabou d'aller voir un psy est contourné, ce qui permet aux patients de traiter leurs troubles legers sans avoir a aller a voir un psy. Attention cependant a la combinaison des professions car cela peut etre interdit vu le risque d'abus possible pour les patients passant d'un cabinet a l'autre.
Sinon je suis tout a fait positif: la part de formation dediee a la psychologie et au modele biopsychosocial etc se doit d'etre suffisante pendant le cursus de base. Une specialisation en psychosomatique est un besoin qui emane des institutions en santé mentale et c'est cela qui a mené à la création de cette specialité en Europe du Nord. je connais personnellement une professeure de ce cursus d'ou mon interet pour le sujet.

5.Posté par Kinéblog le 05/01/2012 19:49 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
"Un psychotherapeute est a la base deja formé aux techniques que les kinés utilisent en Physiotherapie psychosomatique"
Ben voyons ;-) un petit exercice illégal de la MK au passage...
Jetez un petit coup d'oeil au document ci-dessous (traduit du norvégien, une poilade à lire... Il me semble que le chemin est moins long, plus cohérent et crédible sur une base MK que sur pré-requis psycho :
http://www.fysio.no/content/download/32539/314550/file/Psykpsyk_FR.pdf

6.Posté par Djf le 05/01/2012 22:23 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Pleinement en accord avec l'auteur de l'article.
L'abord psychosomatique devrait prendre plus de place dans la formation initiale.
Pour ma part, je pense que cette frontière peut être aborder plus facilement à partir du soma, objet de la kinésithérapie, via les palpations les plus sensibles, comme la fascia ou la palpation dite "crânienne" ou OVA ( merci de ne pas polémiquer sur le sujet) qu'il serait bon de faire rentrer dans le giron de la kinésithérapie.
Je souhaite bonne chance à l'auteur.

7.Posté par Kamil F. le 06/01/2012 08:18 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
"exercice illegal de la MK" ? Nous avons du mal se comprendre.
Les 'trucs' que l' on enseigne dans un master2 de MK psychosomatique ne sont pas de la MK. Ce sont les MK psychosomatiques qui elargissent leur champ d'action, pas le contraire.
Je suis pas pour que des psychologues se mettent a faire de la MK, loin de là, je tiens juste a pointer du doigt qu' un MK n'a pas de valeur ajoutée par-rapport a un psy à part du fait que le MK est plus facile d' acces pour les patients.

8.Posté par Kamil F. le 06/01/2012 08:47 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
En tous cas, mes collegues MK psychosomatique sont passionnés par leur travail!

ici une petite traduction de l'introduction tiree de la page wikifysio neerlandaise sur la PSF (PsychoSomatische Fysiotherapie):

"La Kinésithérapie psychosomatique est une approche plus axée sur les personnes et moins orientée sur leurs symptomes. L'objectif du thérapeute travaille psychosomatiques est donc sur plus de niveaux. Dans le premier cas vise à améliorer le traitement ou la suppression du ou des symptômes physiques, de la maladie ou des incapacitations du patient. le traitement adresse aussi le fonctionnement cognitif et émotionnel et la situation psychosociale du patient."

in: http://www.wikifysio.nl/psychosomatische-fysiotherapie/

Pour les gens desirant utiliser un questionnaire valide de triage en psychosomatique, il ya le 4DSQ :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16925825

9.Posté par Kamil F. le 06/01/2012 08:56 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
oh les fautes de trad', la honte - j'aurais mieux fait de me relire au lieu de boire mon café ;-)

10.Posté par Lainé Xavier le 11/01/2012 06:11 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Il serait temps en effet, qu'avec notre bagage (en particulier pour ceux qui ont ajouté à leurs compétences toutes les méthodes dites "psychosomatiques" comme, par exemple la Métode Feldenkrais) nous soyons enfin reconnus comme un élément dans le panel des propositions thérapeutiques et d'accompagnement des troubles de la santé mentale.
Mais à une époque un peu trop "cartésienne " sans doute où la doxa est de considérer les molécules comme la voie royale de la guérison, je crains qu'à moins d'un retournement inattendu de situation il soit bien difficile de se faire entendre.
Il reste que sur le terrain, je peux témoigner de l'intérêt de plus en plus grand que certains psychiatres montrent pour un travail somatique complémentaire aux autres thérapies et investigations.

11.Posté par Danis Bois le 11/01/2012 09:09 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Je suis heureux de constater un intérêt pour une kinésithérapie centrée sur la personne dans le domaine de la santé mentale. Cette ouverture mérite une réflexion collective en s'appuyant sur l'expérience de praticiens experts et sur les recherches actuelles nombreuses dans ce domaine.

12.Posté par Kinébog le 11/01/2012 09:21 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Je pense que l'époque est favorable (déremboursement et récents scandales du médicament) au renforcement (et développement) de notre identité (essence) de thérapeutes non-"médicamenteurs".
Et pour signaler un prochain forum à l'ARS IDF :
http://www.ars.iledefrance.sante.fr/Forum-Sante-Mentale.127707.0.html

13.Posté par Dominique AUBERT le 19/01/2012 15:56 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Merci, collègue, pour ce rappel de notre capacité, ne serait-ce qu'humaine, à soulager toutes sortes de patients, y compris bien sûr ceux atteints de pathologie mentale, mais aussi à celle de participer, via le corps, à leur santé mentale.( A commencer par la nôtre!)
Et en tant que masseur-kinésithérapeute sophrologue, je ne peux que souscrire au propos de notre confrère fasciathérapeute, à condition que le kinésithérapeute se forme sérieusement à telle ou telle méthode, et non pas en quelques jours ou we. Et, puisque chacun y va de son site, puis-je vous laisser celui d'un excellent centre de formation à la sophrologie!
www.sophrologie-formations.com

14.Posté par Kamil le 19/01/2012 21:39 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Oui bon mais quand meme avec la garantie d'une formation en master, pas de formation a des methodes 'alternatives' svp.

Nouveau commentaire :

Merci d'apporter des commentaires constructifs et adaptés et de ne pas porter de propos diffamatoires ou portant atteinte à l'honneur à la profession

Organisations des soins | Déontologie Ethique | Politique Professionnelle | Documentation | Enseignement | Recherche | International | Infos spécifiques | Communication | Infos générales




Inscription à la newsletter

Derniers commentaires