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Douleur

Prescription d’opioïdes en France : crise, crisette ou raclette ?

Rédigé par le Samedi 29 Septembre 2018

Alors que la crise des opioïdes fait des ravages en Amérique du Nord, les données européennes concernant l’usage de ces antalgiques ne sont pas légion. Une étude s’est intéressée à la prescription d’opioïdes en France entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2017.



© Zsolt Bota Finna - Fotolia.com
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Les auteurs ont repéré parmi trois bases de données tout patient qui s’était vu prescrire au moins un opioïde sur cette période (utilisation de l’« Échantillon Généraliste des Bénéficiaires » qui comprend environ 700000 assurés, du registre national de mortalité et d’une base de donnée nationale concernant les sorties hospitalières).


Ente 2004 et 2017, l’étude a inclus entre 88649 et 101872 utilisateurs de ce type d’antalgiques par an (2755 à 5900 utilisateurs d’opioïdes forts et 87171 à 100972 d’opioïdes faibles). Malgré la hausse de 16% de la prévalence annuelle de l’ensemble des antalgiques, celle du recours aux opioïdes dans la population générale a baissée de 8.9%. La proportion d’utilisation d’opioïdes forts a augmenté de 104% pendant que celle des opioïdes faibles a baissée de 10.5%. Dans la population générale, en se focalisant sur l’utilisation d’opioïdes sur le plan individuel et entre 2004 et 2017, l’étude a observé des hausses de la prévalence d’utilisation des analgésiques suivants :
- Morphine (+25%)
- Fentanyl (+74%)
- Tramadol (+105%)
- Codéine (+127%)
- Opium (+212%)
- Oxycodone (+1950%)


En 2017, la répartition des prescriptions d’opioïdes était partagée entre médecine de ville (84%), secteur hospitalier public (14%) et clinique (4%). Les prescriptions des médecins généralistes représentaient 87% des prescriptions totales d’opioïdes. Entre 2004 et 2017, la dose d’opioïdes dispensée pour 1000 habitants et par jour a diminuée de 6.8% pour les opioïdes faibles et augmentée de 59% pour les opioïdes forts. Les antalgiques opioïdes étaient typiquement utilisés pour les douleurs non cancéreuses (88% de tous les antalgiques en 2004 et 91% en 2017). Enfin, les hospitalisations en rapport avec une prise d’opioïdes ont augmenté sur cette période de 167% et les décès de 146%.


Bien que cette étude comporte de nombreuses limitations, elle semble montrer qu’il n’y a pas d’épidémie de prescription d’opioïdes de l’ampleur de celle de l’Amérique du nord sur la période 2004-2017 en France. Quelques tendances comme la hausse de l’usage des opioïdes forts dans le contexte de douleur non cancéreuse (+88%) ou l’augmentation de l’emploi de l’oxycodone (+ 1950%) poussent cependant les auteurs à la vigilance pour ne pas « commettre les mêmes erreurs qu’aux USA et au Canada ».

Références

Chenaf, C., Kaboré, J. L., Delorme, J., Pereira, B., Mulliez, A., Zenut, M., ... & Authier, N. (2018). Prescription opioid analgesic use in France: Trends and impact on morbidity–mortality. European Journal of Pain.

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