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Musculo-squelettique

Quelle relation entre l’oeil et le cou chez le cervicalgique ?

Rédigé par le Samedi 2 Février 2019



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Photo de Pixabay sur Pexels.com

Le but de cette étude est d’établir s’il y a une relation entre un dysfonctionnement binoculaire non strabique et une cervicalgie. 

Matériels et méthodes 

Cent douze participants ont bénéficié d’une évaluation de la vision binoculaire en évaluant l’hétérophorie horizontale, les plages de vergence de fusion horizontale et verticale et la facilité de vergence. 

Les sujets ont été classés en deux groupes : les anomalies binoculaires et la fonction binoculaire normale. 

Indicateurs d’une cervicalgie 

Un CROM, le test de flexion crâniocervicale mesuré au ChattanoogaTM stabilizer pressure biofeedback device, le NDI, l’EVA, l’évolution dichotomique de la cervicalgie sur 3 ou plus de trois mois. Mesures réalisées par un physiothérapeute.

Indicateurs d’une fonction binoculaire anormale

Les hétérophories ont été mesurées à distance et à proximité avec un obturateur, une barre de prisme et une cible accommodative, ainsi qu’à l’aide d’un réfracteur Essilor.

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Le critère de Sheard, variable définie à partir des valeurs des variables précédentes, décrit l’état global de la vision binoculaire chez les individus ayant une vision binoculaire normale et non normale.

Les mesures ont été réalisée par un orthoptiste.

Selon Wikipedia :

L’hétérophorie est un strabisme latent constaté lorsque les yeux sont au repos physiologique, découvert en 1860 par Hermann Ludwig von Helmholtz.

Il s’agit d’une déviation des globes oculaires n’apparaissant que lorsque la vision des deux yeux est dissociée. L’hétérophorie, à la différence de l’hétérotropie, ou strabisme, n’est pas une déviation permanente. Elle peut être divergente (exophorie), convergente (ésophorie) ou dirigée vers le haut (hyperphorie). Relativement fréquente, elle est due à l’atonie d’un ou de plusieurs muscles oculomoteurs.

Résultats 

Les résultats ont montré que les participants présentant des difficultés à réaliser le test de flexion crânio-cervicale présentaient des valeurs significativement altérées de la fonction binoculaire par rapport à ceux présentant un test normal.

Conclusion des auteurs 

Les sujets présentant une déficience visuelle binoculaire ont aussi une déficience des fléchisseurs profonds, ainsi qu’une tendance à souffrir d’une cervicalgie évoluant pendant plus de trois mois et d’une amplitude de mouvement plus faible.

Discussion sur l’oeuf et la poule

Les auteurs, après avoir rappelé que cette liaison entre cou et oeil a fait l’objet de nombreuses études allant plutôt dans leur sens se posent la question de l’oeuf ou de la poule :

1) Un problème cervical peut entraîner une altération de la vision binoculaire :

Trois réflexes influencent la stabilité de la tête, des yeux et de la posture, qui dépendent d’afférences cervicales : 

  • le réflexe cervico-colique (CCR), 
  • le réflexe cervico-oculaire (COR) et 
  • le réflexe tonique du cou (TNR). 

Ces réflexes remplissent leurs fonctions ensemble, en étant influencés par des informations vestibulaires et visuelles pour une stabilité coordonnée de la tête, des yeux et de la posture. 

Le COR travaille avec le réflexe vestibulaire-oculaire (VOR) et le réflexe optocinétique (OKR), en agissant sur les muscles extraoculaires, afin de maintenir une vision stable dans la rétine lors des mouvements de la tête. Ce réflexe répond aux signaux proprioceptifs qui proviennent des muscles profonds du cou et des capsules articulaires de C1 à C3 pour atteindre les noyaux vestibulaires. 

Un gain plus important du COR a été démontré chez les patients ayant une cervicalgie attribuée à un fléau cervical. 

Dans ce contexte, une modification du réflexe cervico-oculaire chez les sujets souffrant de cervicalgie pourrait modifier le tonus des muscles extra-oculaires, conduisant à la déstabilisation de la phorie en modifiant la gamme des vergences fusionnelles et en provoquant ainsi une altération binoculaire.

2) Un dysfonctionnement binoculaire peut provoquer un dysfonctionnement du cou :

Un sujet ayant une vision binoculaire altérée signale divers symptômes et une modification de la posture du cou. Cela est dû à une adaptation de la tête, afin de maintenir la binocularité et d’optimiser l’acuité visuelle, ce qui peut causer des problèmes musculo-squelettiques. 

Selon des auteurs cités dans l’étude :

  • Une posture de la tête anormale a été retrouvée chez un groupe d’enfants regardant la télévision. Les sujets présentaient des plages réduites de vergence de fusion horizontale dans les deux directions, de convergence et de divergence, de sorte qu’ils disposaient d’une petite zone de vision binoculaire, compensée par une torsion de la tête. 
  • La disparité verticale diminue en inclinant la tête. 
  • L’atteinte des muscles du cou peut être secondaire à une inclinaison de la tête tout en essayant de compenser une déviation verticale due à l’atteinte du muscle oblique supérieur. De cette manière, la tête peut être placée dans une position où, de manière réflexe, le tonus des muscles de l’œil affecté diminue. Cette adaptation posturale serait utile pour améliorer la vision mais entraînerait des dysfonctions articulaires et musculaires du cou, donnant lieu à une pathologie cervicale si elle se maintenait dans le temps. Vu sous cet angle, la douleur au cou serait un compromis pour l’amélioration de l’acuité visuelle et la cervicalgie une compensation permanente au service du confort visuel.

Références bibliographiques 

sans titreSánchez-González MC, Pérez-Cabezas V, Gutiérrez-Sánchez E, Ruiz-Molinero C, Rebollo-Salas M, Jiménez-Rejano JJ. Nonstrabismic binocular dysfunctions and cervical complaints: The possibility of a cross-dysfunction. PLoS One. 2019 Jan 15;14(1):e0209710. doi: 10.1371/journal.pone.0209710.

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1.Posté par jean luc SAFIN le 26/02/2019 08:44 | Alerter
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L'oeuf ou la poule ?
Il semble quand même décisif de se situer dans l'espace par la vision et que les deux yeux racontent une histoire congruente au SNC.
Quant à l'oblique supérieur, ça fait 30 ans que nous le manipulons quotidiennement (en thérapie manuelle) dans le cadre de la prise en charge des cervicalgies,voir des troubles du contrôle posturocinétique et que pour avoir une bonne idée de sa tension, nous le faisons en position debout.
C'est un peu du réchauffé.

2.Posté par jean luc SAFIN le 26/02/2019 21:09 | Alerter
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Pourquoi une modification des réflexes et pas une altération du processus de cognition visuo-spatiale ?

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