92 patients atteints de fibromyalgie (FM) ont participé à une étude qui souhaitait étudier l’impact de la durée de la FM sur l’effet placebo (1). On expliquait aux sujets que l’étude avait pour objectif d’étudier les effets du milnacipran (un antidépresseur décrit au patient comme efficace dans la douleur des patients FM) sur la sensibilité à la pression et les processus cérébraux engagés dans la douleur. Les patients étaient informés qu’ils avaient une chance sur deux d’intégrer le groupe placebo ou le groupe milnacipran. Le traitement durait 12 semaines et les patients devaient remplir une impression globale de changement à la fin de la thérapie (Patient Global Impression of Change – PGIC) en utilisant le score suivant : très amélioré (1) – amélioré (2) – un peu amélioré (3) – pas de changement (4) – un peu aggravé (5) – aggravé (6) – très aggravé (7). Les répondeurs étaient alors définis comme ceux mentionnant un score compris entre 1 et 3.

Les caractéristiques des patients au départ comme la durée de leurs douleurs, leur état dépressif (Beck’s Depression Inventory, BDI), anxieux (Spielberger State Trait Anxiety Inventory, STAI-T), leur catastrophisme (subscale of the Coping Strategies Questionnaire, CSQ) et leur état de santé générale (complete SF-36, combination of mental and physical component) étaient enregistrées. Le critère de jugement principal était la sensibilité à la pression (PPTs) et les critères secondaires étaient des VAS concernant la différence entre douleur minimale et maximale et la douleur moyenne de la semaine, le nombre de zones corporelles douloureuses (dessin de la douleur) et un questionnaire (Fibromyalgia Impact Questionnaire, FIQ).

Parmi les patients du groupe placebo, on retrouvait 22 non répondeurs et 15 répondeurs. Ils différeraient au départ par un niveau de dépression et de catastrophisme plus bas chez les répondeurs. Les répondeurs avaient des améliorations significatives sur le FIQ, la douleur moyenne hebdomadaire et le dessin de la douleur mais pas aux PPTs. Les non répondeurs n’avaient aucun critère de jugement amélioré. Dans le sous-groupe des répondeurs (par rapport aux non répondeurs) il existait une corrélation négative entre la durée de la FM et un changement dans les PPTs ; une longue durée de FM était associée à une baisse de l’effet placebo pour induire une baisse de sensibilité aux PPTs. Ce résultat existait encore après avoir contrôlé l’influence des niveaux de dépression et de catastrophisme des sujets.

Pourquoi est-ce important pour les kinésithérapeutes ?
Ce groupe de chercheurs a précédemment retrouvé une corrélation entre atrophie cérébrale dans les régions engagées dans l’inhibition de la douleur et durée de la FM indiquant que le facteur temps pourrait constituer un facteur important à prendre en compte dans l’évaluation du sujet FM (2). L’impact de l’exercice physique sur la FM en termes d’hypoalgésie n’est pas clair (3). La possibilité de pouvoir sous-grouper les FM en se basant sur la durée des symptômes (au conditionnel car cette étude (1) n’utilise pas de bras contrôlant la régression à la moyenne et dispose d’une taille d’échantillon limitée) pourrait amener de nouvelles pistes de raisonnement et les études qui vont avec…

Références

(1) Kosek E, Rosen A, Carville S, Choy E, Gracely RH, Marcus H, Petzke F, Ingvar M, Jensen KB, Lower placebo responses after long-term exposure to fibromyalgia pain, Journal of Pain (2017), doi: 10.1016/j.jpain.2017.02.434.

(2) Jensen KB, Srinivasan P, Spaeth R, Tan Y, Kosek E, Petzke F, Carville S, Fransson P,Marcus H, Williams SC, Choy E, Vitton O, Gracely R, Ingvar M, Kong J. Overlapping structural and functional brain changes in patients with long-term exposure to fibromyalgia pain. Arthritis and rheumatism. 65:3293-3303, 2013

(3) Meeus M, Hermans L, Ickmans K, Struyf F, Van Cauwenbergh D, Bronckaerts L, De Clerck LS, Moorken G, Hans G, Grosemans S, Nijs J. Endogenous pain modulation in response to exercise in patients with rheumatoid arthritis, patients with chronic fatigue syndrome and comorbid fibromyalgia, and healthy controls: a double-blind randomized controlled trial. Pain Pract. 2015 Feb;15(2):98-106. doi: 10.1111/papr.12181. Epub 2014 Feb 17.